Bayrou–Borloo: le couple infernal et comique de la zoologie politique

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MM. François Bayrou et Jean-Louis Borloo sont certainement des hommes de qualité, honnêtes, cultivés, rien à voir avec certaines canailles qui peuplent la tribu politicienne. Pourtant, ils représentent un cas d’école de vacuité politique, d’absence d’idées précises, de discours creux, de cuistrerie naïve, d’ambitions personnelles mal ficelées.  

Bref, Bayrou-Borloo, c’est le centrisme dans toute sa splendeur, héritier au fond du radical-socialisme de la IIIe République. Jadis ennemis jurés, ils veulent aujourd’hui se réconcilier pour reconstituer un pôle centriste, style UDF, indépendant de l’UMP. C’est une bonne nouvelle pour le PS, qui manque de stratégie et pour le FN, qui n’en manque pas.   

Le centre, dans la vie politique française a toujours été le parti des sans-projet. Les modérés. Suivre l’air du temps. Seule préoccupation : se faire élire.  La médiocrité tranquille. M. Raffarin est de ceux-là. Il en a d’ailleurs le physique et le verbe creux : ceux des bourgeois louis-philippards. M. Raffarin va d’ailleurs certainement rejoindre le centre mou Bayrou-Borloo.  Ne vous inquiétez pas, ce sera le panier de crabes pour savoir qui va devenir le chef du marigot.

Bayrou ne sait pas où il habite. Droite, gauche ? Jadis ministre de droite (Éducation nationale, où il a laissé autant de traces qu’un escargot sur la peau d’un mammouth), il a appelé à voter Hollande. Bayrou n’est pas animé par une doctrine, des idées claires, mais par une posture, un positionnement. Comme ceux de son frère siamois Borloo, relisez leurs discours, leurs déclarations : on n’en retient rien, rien que du verbiage, de la guimauve sémantique, des indications de tactique politicienne.

Pour preuve, un récent entretien de M. Bayrou au Figaro (26/09/2013) où il essaie d’expliquer les idées, le programme commun Modem-UDI.  Retenez-vous de rire, je n’invente rien, je cite : « ce texte doit rappeler ce que nous avons en commun en matière de valeurs : l’humanisme politique. Ce n’est pas une formule creuse (1) mais une proposition politique concrète, sur l’école, sur l’économie créatrice (2), sur la solidarité responsable (3), sur le logement, sur le durable. Le texte doit préciser une démarche politique : le réformisme. Des principes d’organisation souples entre nous compléteront la charte. Chacune de nos organisations doit avoir le certitude qu’elle sera respectée, dans son histoire et sa valeur ajoutée. »

Comme exemple de langue de bois, ou plutôt de ”langue de coton” pour reprendre la formule de François-Bernard Huyghes, il est difficile de faire plus fort et plus ridicule.  

Le Modem de Bayrou et l’UDI de Borloo : dans le zoo politique, ce sont deux volatiles improbables. On ne sait pas à quelle espèce ils appartiennent. Les oies ? Les pintades ? Si, « centristes ». Ce qui, dans les temps que nous vivons, ne correspond pas à l’attente des citoyens, qui veulent des propositions et des solutions concrètes, des discours lisibles. 

Même pas un électeur sur 10.000 serait capable de répondre à la question : quel est le programme du Modem et celui de l’UDI ? Normal, il n’y en a pas, rien que des tactiques d’ambitions politiciennes. Les deux frères siamois de 63 ans n’ont ,pas plus que des phoques sur le rocher d’un zoo, le moindre avenir politique. Ou plutôt si, ils auront fait une petite carrière, dont personne ne se souviendra. Et pourtant, ce sont des hommes dynamiques et de talent. Ils auraient pu être de bons patrons de PME ou des maires locaux et créer des emplois, au lieu de faire les singes à Paris.

(1) Avoir besoin de préciser que ce qu’on dit n’est pas ”creux”, c’est se douter que ce l’est, et l’avouer. Rhétorique naïve.

(2) Il veut peut-être dire par là : moins de charges sociales et d’impôts pour les entreprises afin de favoriser la R&D. Mais, ”économie créatrice” est une expression stupide. Qui voudrait une ”économie non-créatrice” ? C’est comme ” beau temps ensoleillé”. M. Bayrou aurait dû faire présentateur météo à la télé.

(3) Il parle sans doute d’un État-Providence moins dispendieux. Mais pourquoi ne pas le dire ?  

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