Critique de la politique économique française. Partie 1

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Attention : à la différence des autres articles de ce blog, ce dernier sera assez long. C’est pourquoi il sera divisé en trois parties. Voici donc la première, l’introduction générale, intitulée :

 UN LOGICIEL ÉCONOMIQUE FRANÇAIS DÉCALÉ  ET DÉLIRANT

Il ne s’agit pas de critiquer spécifiquement la politique économique ”socialiste” actuelle, mais celle de l’ensemble des gouvernements français depuis trente ans. Ces derniers, droite comprise, mènent en gros la même politique, qualifiable de social-étatisme ou socialisme corporatiste d’État. Le PS, aujourd’hui aux affaires, n’est pas en situation de rupture. Il accentue simplement une tendance. Ce socialisme corporatiste d’État, né en 1945 sous l’influence du PC, qui s’est aggravé au cours des trente dernières années, fait de la France le pays de l’OCDE le plus ”socialisé” en terme de flux financiers, les dépenses publiques se montant à 57% du PIB ! Et ce, contradiction ennuyeuse, dans un écosystème européen et planétaire ouvert, libre-échangiste et ultra-concurrentiel. Et avec des institutions européennes qui s’emploient avidement à abattre toutes les protections et préférences de l’espace économique de l’UE. Dans la compétition mondiale, l’économie française court avec un sac de pierres sur le dos.    

Les élites décisionnaires françaises, de droite ou de gauche (élus et énarques), comme d’ailleurs nos intellectuels, souffrent à la fois d’une méconnaissance impressionnante de l’économie réelle (faute d’expérience entrepreneuriale) et d’une imprégnation idéologique marxiste bas de gamme, même à droite. Ajoutons que le niveau de perception du fonctionnement de l’économie réelle est assez faible en France chez les décideurs et ce, pour trois raisons : d’abord parce que les fonctionnaires sont surreprésentés dans la classe politique ; ensuite parce que l’enseignement de l’économie est déficient ou bien, dès le secondaire, orienté idéologiquement  ; enfin parce que, dans l’ADN national français, le fiscalisme est une solution de facilité choisie depuis très longtemps. (1)   

De plus, en rupture avec ce qui se constatait jusqu’au milieu du XXe siècle, où la France était le vivier des entrepreneurs, ce pays souffre aujourd’hui d’un déficit entrepreneurial préoccupant : les grands groupes, sauf l’exception Airbus, s’expatrient progressivement et créent leurs emplois à l’étranger ; le tissu de PME, seules vraies créatrices d’emplois marchands, est insuffisant et composé d’une majorité d’entreprises en dessous de la taille critique ; la désindustrialisation atteint un niveau record pour les pays développés ; le niveau d’innovation et de R&D recule ; les jeunes élites économiques et scientifiques ont tendance à quitter la France, remplacées par des migrants non-qualifiés, les Bac – 6 remplaçant les Bac + 6 ; les investisseurs se détournent progressivement du pays, rebutés par un coût du travail  exagéré, une fiscalité confiscatoire et une législation mouvante et hostile aux entrepreneurs. Pratiquement aucune des grandes ou moyennes entreprises françaises performantes n’a été fondée dans les trente dernières années et beaucoup datent même de la fin du XIXe siècle ! Situation complètement inverse de ce qu’on observe dans les autres pays développés.

Ces faits très graves ont deux causes : un environnement défavorable à l’entreprise (rigidité et coût du travail excessifs) et une culture étatiste qui dévalorise la sphère privée et entrepreneuriale.(2) L’étatisme “à la française“ a pu être fort positif sous sa forme colbertiste ou gaullienne, par l’impulsion de grands programmes nationaux (nucléaire, TGV, Airbus, Ariane, industrie militaire, etc.). Mais il a fini par prendre une forme pathologique, socialiste en fait, qui parasite et paralyse l’activité économique : l’interventionnisme, sous ses deux aspects, réglementaire et para-fiscal  ; et le fonctionnariat surdimensionné, national et local, auquel s’ajoutent les secteurs para-publics protégés.

Mentionnons aussi le pouvoir de nuisance de corporations conservatrices (indument appelées “syndicats“) subventionnées et non représentatives et, bien entendu, le poids d’une immigration incontrôlée qui coûte sept à huit fois plus cher qu’elle ne rapporte.

Ce sont les raisons pour lesquelles la fameuse « crise », commencée en 2008 du fait de l’économie bancaire spéculative de casino dont le virus est parti des Etats-Unis, (les money market funds ) n’est pas, loin s’en faut, la seule cause de l’anémie économique de la France. Autrement, l’Allemagne devrait être dans la même situation qu’elle, ce qui n’est pas le cas. À cela s’adjoint, bien entendu, la fameuse dette. Trois remarques sur ce point :

Cette dette ne concerne pas seulement le budget de l’État mais tous les budgets sociaux et ceux des collectivités territoriales, communes, départements, régions. Cette dette, contrairement à celle du Japon, ne repose pas sur des émissions intérieures mais extérieures, auprès des marchés spéculatifs ; et, à la différence des USA, elle ne peut pas être amortie par de la création monétaire puisque le Franc n’existe plus. Cette dette a pour seule et unique origine les prestations sociales démesurées de l’État Providence (culture de l’assistanat) et le poids financier d’une fonction publique et assimilée pléthorique et privilégiée, c’est-à-dire une conception socialiste (c’est-à-dire corporatiste, en vocabulaire non-marxiste) de l’économie. La même chose existe dans l’Europe du Sud. Mais les pays concernés essaient de se réformer. Pas la France, qui est sous la chape de plomb d’une idéologie et d’une morale rigides, trans-courants. (3)

C’est pourquoi le niveau très élevé du chômage et le déclin économique global observables en France, qui risquent de s’accentuer, ont d’abord des causes endogènes et non pas exogènes. Elles ne sont pas globalement reliées à l’état de l’économie mondiale. Mais plutôt à une mentalité économique française très idéologique (et à ce titre difficilement déracinable, comme les mauvaises herbes), intellectualiste et moralisatrice (donc ignorante du réel et le déniant avec cuistrerie), de nature donc quasi religieuse. Ce déni du réel ne touche pas tous les jeunes Français ; le problème, c’est que les meilleurs d’entre eux partent. Lassés. Ils sont remplacés par les CPLF, les “Chances-pour-la-France“, dont chacun peut mesurer l’immense créativité. Sous la houlette d’une armée de fonctionnaires-et-assimilés qui s’imaginent qu’ils seront toujours miraculeusement payés par un État en faillite, c’est-à-dire par les marchés internationaux qui prêtent jusqu’au moment où ils ne feront plus de chèques, de crainte de ne jamais rentrer dans leur frais. (4) 

 Le prochain article de cette série (« Synthèse critique de la politique économique de la France ») s’intitulera Quand Guignol pilote l’économie. Il sera publié prochainement sur ce blog. Et, un peu plus tard, sera accessible la troisième et dernière partie : Propositions pour une révolution économique et sociale. Bien sûr, des articles sur d’autres sujets, s’intercaleront.       

(1) L’histoire de France offre de curieux paradoxes, d’incroyables retours cycliques. L’Ancien Régime était réputé pour sa fiscalité écrasante, confiscatoire et inégalitaire. Ce qui fut une des causes de la Révolution française. Ensuite, de la Révolution jusqu’au milieu du XXe siècle, la fiscalité et la para-fiscalité de la République étaient remarquablement modérées et sans catégories privilégiées. Tout a changé progressivement. Aujourd’hui, nous en sommes revenus à une fiscalité d’Ancien Régime, avec ses taux aberrants, ses assiettes inégalitaires, son maquis réglementaire inextricable. Le taux marginal d’imposition directe (IR+CSG) est en France pour les assujettis 50% plus élevé que la moyenne européenne.

(2) Le vocabulaire des corporations syndicales, des journalistes, du personnel politicien socialiste, du clergé intellectuel trahit bien une mentalité archaïque, celle d’une lutte des classes selon le paradigme marxiste. Les patrons, le patronat, la finance, la forme-capital, etc. : mots-bonbons, concepts approximatifs, qui ne correspondent pas aux choses ni à l’analyse sérieuse du réel. Héritage d’une pensée à la fois terriblement sénile et pathétiquement  adolescente et immature.

(3) La droite française dite “de gouvernement“ ou “républicaine“ a toujours critiqué la politique économique de la gauche quand elle est dans l’opposition (comme aujourd’hui). Mais c’est une posture et une imposture. Quand elle est aux affaires, la droite mène une politique de gauche, socialisante, notamment dans le domaine des prélèvements. La cause de cette contradiction n’est pas seulement la peur de paraître immorale par rapport aux prélats du politiquement correct, mais aussi l’effroi devant les grèves et les manifestations. 

(4) Expliquez à un fonctionnaire français où à un des millions de salariés des secteurs para-publics (ou à des retraités de ces catégories) que les virements bancaires privilégiés qu’ils reçoivent à la fin de chaque mois dépendent en partie des emprunts de France-Trésor sur les marchés internationaux. Il ne comprendra pas. Expliquez-lui que les fonds de pension spéculatifs ne seront pas forcément toujours d’accord pour prêter ; et que sa deuxième source de financement, la contribution des classes moyennes de l’économie privée marchande, est en train de se tarir doucement, il ne comprendra toujours pas. Expliquez lui alors que, comme en Argentine ou en Grèce, ou pire, à Chypre, il risque de voir  son virement bancaire mensuel divisé par deux ou supprimé et son épargne confisquée, il sera indigné. Oui, indigné. Indigné parce qu’il n’a rigoureusement rien compris aux mécanismes de l’économie réelle, qui n’a rien à voir avec l’économie idéale, rêvée, onirique, tellement morale et rassurante, des promesses de l’État-Providence qui n’engagent que ceux qui y croient. 

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