Front National : le siphonage des ”Républicains”. Quoi après ?

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Le FN est en train de siphonner des cadres et des électeurs de la droite institutionnelle. Mais cette performance risque d’être anéantie par la stratégie inadaptée et jusqu’au boutiste  de Marine Le Pen sur L’Europe et l’euro – et sur son programme économique. Un manque de crédibilité qui peut être fatal au moment de la présidentielle, où l’on ne plaisante plus.  Analyse. 

Un paysage favorable au FN

Frank Allisio, le responsable des Jeunes actifs, le mouvement des trentenaires au sein des Républicains ( LR, ex UMP, ex RPR, etc.), transfuge passé au Front National qui est ravi d’une telle ”prise de guerre”, estime qu’une « hémorragie » menace LR au profit du FN. Il explique dans la presse  que c’est parce que « les dirigeants de la droite française continuent d’être complètement autistes » et que « le sommet pense à peu près l’inverse de ce que pense la base aujourd’hui ». Il précise que LR, ex-UMP, a chuté  depuis 2008 de 300.000 à 175.000 adhérents tandis que le FN à progressé de 10.000 à 50.000 adhérents. Allisio n’est pas le premier ni le dernier responsable à déserter le parti pseudo-gaulliste au profit du FN…

Il est probable d’ailleurs que cette hémorragie du grand parti de droite institutionnelle vers le FN serait nettement plus importante si ce dernier cessait de camper sur des positions économiques gauchisantes intenables : avec Marine Le Pen qui va jusqu’à déclarer que « Tsipras a trahi le peuple grec », position partagée avec le dinosaure marxiste Mélenchon… Mais en réalité, la base militante ou électorale de LR n’est attirée par le FN qu’à cause de ses positions sur l’immigration, l’identité et la préférence nationales ; surtout depuis le raz-de-marée migratoire invasif actuel, qui constitue un facteur majeur d’attrait électoral pour le FN.

Les positions à la fois molles (Juppé, NKM), tordues (Sarkozy) et cacophoniques des têtes d’affiche des Républicains sur l’immigration (pour des raisons idéologiques ou politiciennes) font fuir vers le FN de plus en plus d’électeurs et de cadres politiques LR. Ce qui est une aubaine pour le parti de Marine Le Pen dont le problème est le déficit de cadres.

Deux points notables : elle a partiellement réussi son entreprise de ”dédiabolisation” puisque des militants et des responsables de la droite classique osent franchir au grand jour le pas vers le FN (différence avec les électeurs, anonymes dans le secret de l’isoloir), ce qui aurait été impensable voici quelques années ; l’accélération de l’invasion migratoire – musulmane à 90% – et la menace terroriste islamique ont largement contribué à cette dédiabolisation en démontrant que les positions du FN, (ne l’oublions pas, jadis définies et incarnées par Jean-Marie Le Pen), ne relevaient  pas d’une abominable idéologie ”raciste” mais du bon sens populaire.

Second point notable : le conflit entre Jean-Marie Le Pen et sa fille, suivi d’une incroyable (et ridicule) exclusion du FN du premier, n’a pas eu d’effets négatifs notables, en grande partie parce que le président d’honneur et seul créateur de la dynamique du mouvement, n’a pas voulu faire de scandale et nuire à la dynamique du FN. Il a fait passer son ego après l’intérêt de la France, incompatible avec la ruine du Front National, aussi imparfait soit-il. 

Un FN qui perçoit mal le paysage

Oui mais…Les prochaines élections, régionale et présidentielle, se joueront sur deux thèmes : l’invasion migratoire et la situation économique (chômage, etc.). Or, si sur le premier point, le FN semble approximativement détenir le monopole d’une solution vigoureuse – bien que très inférieure à ce qu’il faudrait réellement faire –, sur le second, son programme est très déficient et illisible.  Pourquoi ?  Parce que M. Philippot et les ”économistes” du FN   proposent des solutions économiques inapplicables, comme le maintien de l’État Providence, mammouth socialisé (confondu avec l’État régalien fort) et la sortie en force de l’euro (Franxit). 

La stratégie du FN de séduction d’un électorat de gauche (dont l’armée des petits et moyens fonctionnaires…) par un programme socio-économique gauchisant et étatiste est sociologiquement très risquée, parce que l’électorat –et les cadres militants– gagnés sur la gauche par ce calcul sont nettement moins importants que ceux qui pourraient être gagnés sur la droite votant LR. Comme le démontre un sondage d’OpinonWay (23/09/2015) suite aux déclarations de Macron contre le statut de la fonction publique, 70% des Français sont d’accord pour ”défonctionnariser ” la France, dont 91% chez les électeurs de LR et 70% chez ceux du FN ! Ces derniers se démarquent donc sur ce point de la doctrine socio-économique de leur parti préféré, ce qui est dangereux.  À noter aussi que 63% des sympathisants FN jugent les fonctionnaires « utiles », moins que ceux soutenant LR (75%). Bruno Jeanbart, d’OpinionWay, en conclut : «  les dirigeants du FN sont parfois en décalage avec leur propre électorat sur les sujets économiques ». On pourrait ajouter : et aussi avec un électorat potentiel de droite élargi.     

Pour résumer, la majorité de l’électorat national est focalisé sur deux types de problèmes centraux : 1) ceux liés à l’immigration invasive incontrôlée, à l’insécurité, à l’islamisation, à l’identité nationale et européenne ; 2) ceux liés au chômage, à la paupérisation, à l’anémie économique, dont la cause est plus perçue comme provenant d’un système français corporatiste, sclérosé, socialo-étatiste, que provoquée par la mondialisation ou l’Union européenne. Donc, en gros, le FN n’attire les dissidents et ne grossit la troupe de ses sympathisants que sur le premier point. Au moment de l’élection présidentielle de 2017, qui est majeure, les électeurs se détermineront aussi sur le second point.

Marine Le Pen ne sait pas jouer au poker

Sur ce dernier, les solutions du FN, en matière économique comme sur l’Europe, sont vaseuses. La présidente du FN ne se tire-t-elle pas une balle dans le pied ? Elle répète partout : 1) Si je suis élue, je négocie avec l’UE et ses membres une modification fondamentale des règles de l’UE et de l’euro dans le sens d’une véritable ”Europe des Nations” alliée à la Russie. Excellent, rien à dire. 2) Si la négociation échoue, je fais un référendum sur la sortie immédiate de la France de l’UE et de l’euro. Là, ça se complique… 3) Si je perds le référendum, je démissionne et la victoire du FN sera enterrée. Défaitisme romantique improductif. De plus, avec une incroyable maladresse amateuriste, elle montre ses cartes de poker à ses adversaires : ”je démissionne si…” Mauvaise donne face aux tricheurs.

C’est la stratégie du pire : elle risque fort de perdre ledit référendum. Les joueurs d’en face le savent. Les Français détestent l’aventure. Elle eût mieux fait de dire, de manière gaullienne :” si je suis élue, je me maintiens et j’impose à l’UE et à nos partenaires européens de nouvelles règles, faites-moi confiance, j’y parviendrai, je garde mes cartes secrètes”.  Plutôt que de choisir la main de fer dans le gant de velours, elle opte pour la main de velours dans le gant de fer : je cède si vous n’êtes pas d’accord.

Ce positionnement fait rire et soulage les eurocrates. Le FN s’avance au combat avec un beau révolver au barillet vide. Si Marine Le Pen avait lu les Commentaires sur la guerre des Gaules de Jules César, elle verrait que ce dernier avait pour principe de vaincre d’abord et d’imposer les conditions de la victoire. Pas de les négocier et de se rendre en cas de refus.

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