Intégration : quand Natacha Polony fait de l’angélisme

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Il est rare que cette brillante journaliste et chroniqueuse de talent manque de perspicacité. Pourtant, dans son article Et si la France parlait enfin aux enfants d’immigrés ?  (Le Figaro, 22/02/ 2014), elle cède à l’illusion angélique de l’intégration possible. Notamment à l’école, qui est le terrain de prédilection de beaucoup de ses analyses, par ailleurs d’une lumineuse intelligence. Et surtout, contre tout bon sens, elle attribue l’échec de l’”intégration” au fait que les responsables politiques ne s’adressent pas assez aux enfants d’immigrés, les délaissent : « tous ces jeunes gens d’origine maghrébine ou subsaharienne, qui se définissent de plus en plus comme musulmans, […] ont l’impression que la France est mauvaise mère pour eux ». Ces jeunes auraient le sentiment « qu’on ne les considère pas toujours comme pleinement français ». Elle déplore « l’absence totale d’action – et même de discours – en direction de ces publics ». Elle fustige, rabâchant la vulgate de l’intelligentsia de gauche, « les frustrations et des réels problèmes de discrimination à l’embauche ou au logement ». Elle demande « une politique concrète de lutte contre les discriminations réelles » et « des investissements massifs, le fameux ”plan Marshall pour les banlieues ». Elle conclut, dans une envolée romantique complètement creuse, qu’il faut « le souffle du verbe, celui qui donne espoir et rassemble autour d’une vision commune ».

Mais sur quelle planète vit Natacha Polony ? Pourquoi procède-t-elle à une inversion de la réalité ?  Chère amie, tout cela a été fait et mille fois fait. Des sommes astronomiques ont été investies dans les banlieues, en pure perte. L’idéologie de la ”diversité” produit dans tous les domaines des discriminations positives, à l’embauche et pour les prestations sociales, au détriment des citoyens ”de souche”. Avec, dans l’administration, des ”recrutements hors concours ”prévus  (de manière anticonstitutionnelle par ailleurs)  pour les postulants d’origine immigrée ; et, dans les entreprises, des quotas ethniques préférentiels obligatoires sont programmés (1). Loin d’être délaissés, les ”enfants d’immigrés” sont privilégiés. Mais rien n’y fait.

Au point que Malika Sorel-Sutter, qui fut membre du Haut Conseil à l’intégration, n’hésite pas à dire : « le gouvernement baptise ”égalité républicaine” ce qui n’est rien de moins que la discrimination positive, qui se traduit par une prime ou un privilège accordé en vertu de l’origine ethno-raciale : « Le gouvernement promouvra l’obtention du label Diversité par l’ensemble des administrations. » Cela se traduira mécaniquement par l’éviction des Français de souche européenne, qui se retrouveront écartés parce qu’ils ne sont pas de la bonne origine. Nous ne sommes plus du tout dans la conception de la citoyenneté pour laquelle les Français sont allés jusqu’à faire la Révolution ». (Valeurs actuelles, 20–26/02/2014). Cette femme courageuse et lucide évoque une libanisation de la France.

Natacha Polony, elle,  a l’air de croire ou fait semblant de croire qu’en tenant un discours patriotique avec des « références à la République et à l’histoire » à ces jeunes populations, elles se franciseront miraculeusement.  On ne peut pas forcer à boire ceux qui n’ont pas soif. Elle rêve d’une « société apaisée ». Elle caresse l’utopie enfantine, jamais vue dans l’histoire, « d’une Nation, de son histoire et de sa culture, qui sont l’héritage de tous les citoyens d’où qu’ils viennent ». Absurde : l’héritage d’une Nation est, au contraire, celui des citoyens qui viennent de quelque part et non pas de partout, qui viennent…de la Nation elle-même. 

En réalité, il est trop tard. Au delà d’une certain seuil numérique, que nous avons largement dépassé, les immigrés d’origine extra-européenne et leurs descendants ne peuvent ni ne veulent s’intégrer dans la société d’accueil. On est en face, comme je l’ai dit et répété, d’un phénomène de colonisation de peuplement.

De plus, il existe un tropisme d’attraction et d’affirmation, en faveur des cultures et appartenances d’origine : arabo-musulmanes et africaines. Un tropisme d’autant plus fort et revendicatif que la culture (l‘ethno-culture, pour parler comme Lévi-Strauss) européenne de la France est sabordée par l’oligarchie française elle-même.  

Comme l’expliquait Aristote, la cohabitation harmonieuse sur le territoire d’une même Cité de populations d’origines différentes est impossible. Jamais plusieurs peuples dans un seul État. De Gaulle ne pensait pas autrement, et c’est pour cela qu’il a voulu la décolonisation africaine et l’indépendance algérienne, par ethnicisme. Il estimait, à juste titre, l’intégration – et donc l’assimilation – possibles seulement dans le cas d’une infime minorité de migrants. En Ukraine, ils n’arrivent déjà pas à s’entendre entre Slaves de l’Ouest et de l’Est russophones, alors comment voulez-vous que le cocktail de l’immigration arabo-musulmane et africaine massives fonctionne en France ?  Cela relèverait d’un miracle encore jamais vu dans l’histoire.

Natacha Polony cède à cette croyance aux miracles, complexion fréquente à notre époque, surtout dans la  droite de bonne volonté.

L’idéologie dominante de gauche, elle, avec cynisme, n’y croit plus. Son but : déconstruire la France. Le rapport sur l’Intégration, inspiré du think tank Terra nova, centrale idéologique du trotskisme chic, rapport que fustige à juste titre N. Polony (cf. un article précédent de ce blog à ce propos) n’est pas si délirant que ça. En recommandant, en gros, que les Français de souche s’adaptent à la culture des migrants de plus en plus nombreux et non point que les populations d’origine immigrée s’intègrent,  ces idéologues tirent avec une joie masochiste la leçon de plus de 30 ans d’une immigration débridée que leur idéologie a favorisée.    

Vouloir ”intégrer” à la culture et à l’histoire françaises traditionnelles des populations extra-européennes numériquement de plus en plus importantes, revendicatives et majoritairement aimantées par l’islam identitaire,  relève du conte de fée.

Deux facteurs clé empêchent l’intégration, outre la question de la proportion numérique : la puissance montante de l’islam qui joue comme un marqueur d’appartenance majeur et le ressentiment revanchard de fils de colonisés qui colonisent à leur tour ”par le bas”. Les intégrables ne veulent pas s’intégrer. Même les plus  intégrés en apparence, les plus ”francisés” ne le sont pas et son attirés par leur tropisme. Exemple : un de mes vieux amis, Maghrébin d’origine, Français de nationalité, ayant servi dans l’armée française, devenu  journaliste de talent, a fini par lancer un magazine communautariste consacré exclusivement aux Arabo-musulmans vivant en France. Intégration ? Assimilation ? Pour lui, ses racines, son identité, sa vérité intérieure sont arabo-musulmanes et non pas françaises et pourtant jamais il ne s’est senti en France victime de la moindre discrimination.

Les croyants en l’intégration, comme Natacha Polony, s’imaginent que, par magie, toute cette multitude  venue d’ailleurs va adopter sans discuter le ”modèle français”.  Comme s’il les fascinait…(2) Mais même si l’on pratiquait à l’école cette assimilation ”républicaine” et française à marche forcée, ça ne fonctionnerait pas. Dans des écoles où plus de 80 % des scolarisés ne sont pas d’origine franco-européenne, le concept d’intégration est  inapplicable.  Moins ça marche, plus on fait semblant d’y croire.

Mais rendons justice à Natacha Polony : elle ne peut, quoi qu’elle pense, céder au pessimisme, parce qu’elle est une éditorialiste de premier plan. Elle se conforme à l’utopie parce qu’elle ne doit pas être Cassandre, marchande de désespoir. Au fond d’elle-même, elle peut évidemment penser que c’est plié. Mais elle doit suivre l’impératif de l’optimisme intellectuel.

Mais, allons plus loin : non seulement l’intégration est impossible, mais la bonne entente l’est aussi. Vous me direz que tout cela se terminera mal et vous me reprocherez de l’envisager ? Vous avez raison. Un cancéreux reproche toujours à son médecin de programmer la fin. Il s’accroche aux fausses certitudes. « C’est un grippe, docteur, n’est-ce pas, rien qu’une petite grippe ? »

Oui, tout cela se terminera mal. Enfin, selon certains critères. Si l’on suit la méthode de la pensée dialectique, il faut aller au bout d’un cycle pour voir naître le suivant. La transition est toujours violente et orageuse, nocturne. Mais rien n’est jamais perdu et l’histoire prend des chemins imprévisibles, très rarement  angéliques. Un avenir proche nous prépare des surprises.

(1) Paradoxalement, la discrimination positive, avec les privilèges ethniques qu’elle implique, trahit un racisme implicite. Puisque les populations aidées sont considérées comme handicapées et qu’on ne leur applique pas la méritocratie individuelle, fondement même de l’idée républicaine aujourd’hui foulée aux pieds.

(2) Une question toute simple à se poser est celle de la motivation des migrants : depuis longtemps, l’immense majorité n’a jamais été attirée par l’ ”amour de la France” (même chose dans les autres pays européens) ni par la ”République”. Alors pourquoi s’y convertiraient-ils ? 

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