Le bal des trois clowns : Fillon, Copé, Sarkozy

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Les trois mousquetaires de la droite BCBG, ou UMP, MM. Sarkozy, Fillon et Copé se livrent à une guérilla fratricide pour la future présidentielle. Déjà ! Premier acte : le combat Fillon-Copé pour la présidence de l’UMP. Catastrophe médiatique, tricheries dans les deux camps, mais tout le monde s’en moque. Excellent pour le PS et ses alliés qui prennent le pouvoir et vont d’échec en échec, sans opposition sérieuse. Deuxième acte : Fillon se révolte contre Sarkozy qui veut revenir, comme un coq éliminé de la basse-cour. Donc, c’est un combat à trois. Pas un combat d’idées, mais d’ambitions  entre trois politiciens.  Avec, derrière, leurs troupes de mangeurs de soupe.

Car chaque camp, ou plutôt chaque clan, a derrière lui ses affidés, ses seconds couteaux. L’UMP est actuellement divisée en gros en trois tribus, ou plutôt trois écuries (avec leurs sous-divisions), dont les chefaillons sont en mal de places pour la présidentielle de  2017. D’ailleurs, pour exister, ils ont tous créé leur mini-écurie, leur pseudo think-tank, aux noms assez ridicules.

 Inutile d’entrer dans les détails de cette guérilla impitoyable et pitoyable, essayons d’en comprendre l’enjeu. Alors que l’UMP avait devant elle un boulevard devant l’incompétence, les échecs et les divisions de la majorité de gauche, elle ne trouve rien de mieux à faire que de se jeter dans le combat des chefs, pardon, des parrains. Il ne s’agit pas vraiment d’un combat d’idées et de programme, mais d’une rivalité de ”profils de carrière” entre trois féodalités : fillonistes, sarkozystes et copéistes. Les idées politiques de ces (relativement) respectables personnes sont inversement proportionnelles à leurs ambitions.  En gros, 80% de l’énergie de chacune des trois écuries, des trois clans va être consacrée à taper sur les autres et pas sur la gauche. Les trois clowns n’ont qu’un mot à la bouche : unité, rassemblement, tous unis ! Et  derrière eux, il y a la camarilla de leurs sous-officiers, crocodiles nains, langue pendante.

 Rachida Dati, interviewée par Le Figaro Magazine (26-27/07/2013) déclare : « à l’UMP, il n’y a plus d’idées, il n’y a plus que des ambitions. […]Si l’UMP poursuit dans la voie actuelle de la guerre des chefs, des ego et des ambitions, nous assurons à François Hollande sa réélection. […] Les mêmes qui font la leçon aux autres et qui appellent au rassemblement sont ceux qui divisent aujourd’hui ! […] Aujourd’hui, il manque des idées, un projet, une équipe soudée, de l’humilité et un leader ! » Mme Dati, qui appartiendrait plutôt à la Sarkozie, se rêve-t-elle en leader ? Elle est suffisamment secrète pour ne rien laisser sourdre. En tout cas, elle apparaît nettement plus intelligente et machiavélienne que sa rivale, l’évanescente NKM, qui aurait fait une excellente présentatrice météo TV     

  Aucun des trois clowns n’a d’idées précises. Seule compte la ”com”, l’image de marque, comme pour une lessive. Copé se veut ”le plus à droite”, Fillon le plus ”sage”, au look ”centriste/modéré” et Sarkozy ne sait pas trop lui-même ce qu’il est ; si : il est ”dynamique”. Il fait du jogging. Et il est marié à une ex-mannequin  millionnaire qui se prend pour une artiste.

 Mais, coup de tonnerre : le 26 juillet, le brave Fillon, qui préparait ce coup fourré, abat ses cartes.  ”Si ! moi j’ai des idées, voici mon programme, mes 35 propositions ! ” Restriction du droit du sol, abolition des 35 heures et de l’ISF, desserrement de l’étau fiscal sur les PME, mesurettes pour limiter l’immigration invasive, etc.  Les 35 propositions de Fillon sont une reprise en plus mou du programme du RPR de 1991. Que se passe-t-il ? Sentant le vent tourner, le politicien sarthois veut se repositionner, pour damer le pion à ses deux rivaux, en les doublant à droite. Le problème, c’est que M. Fillon a été cinq ans Premier ministre. Pourquoi n’a-t-il pas appliqué alors ce fameux ”programme” ? Sous entendu parce que le méchant Sarkozy l’en empêchait. Alors pourquoi n’a-t-il pas démissionné ? La raison est, à mon avis, psychologique : M. Fillon, peu viril par nature, très intelligent et travailleur par ailleurs, mais plus intéressé par une carrière politicienne que par le combat politique au sens entier, n’a osé s’opposer à son petit maître détesté. Il essaie aujourd’hui de rattraper les dégâts.     

En politique, ceux qui réussissent au final, ce sont ceux qui font de la politique, c’est-à-dire pas les politiciens. Ces derniers  font du business. politique Faire de la politique, c’est désigner un ennemi et élaborer un programme contre ce dernier mais surtout pour un projet collectif. Or aucun des trois clowns n’est évidemment un homme d’État et ne possède de convictions ancrées. Ils font des simagrées pour amuser le public : oui, des clowns. En dépit de toute son épaisse bêtise, Mélenchon n’est pas un clown. Il croit vraiment, en vieux marxiste du XIXe siècle, à ses lubies passéistes. Beaucoup de Verts sont semblables : fanatisme idéologique déjanté mais sincère. Un imbécile qui croit à ses idées est plus dangereux qu’un sage qui ménage les siennes.

La guérilla des trois clowns de l’UMP, qui décourage ses militants et ses électeurs, peut-elle aboutir à une reprise du pouvoir par la droite BCBG ?  Est-ce que la guerre des chefs, grands et petits, de l’UMP va automatiquement provoquer la conservation du pouvoir par la gauche soft-totalitaire ? En embuscade, il y a le Front National, qui est en train de réussir son entreprise de normalisation, dite ” dédiabolisation”,  mais  dont le programme semble assez incertain. C’est pourquoi je vous donne rendez-vous pour un prochain article consacré au FN « Le FN peut-il accéder au pouvoir ? » Patience, ce sera sur ce blog dans peu de temps.

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