Le casse-tête de l’Euro : que faire ?

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L’introduction de l’Euro en 2001 a été un ovni dans l’histoire monétaire : la création d’une monnaie commune entre des pays de zones économiques très différentes et inégales, monnaie au demeurant dépourvue de supervision politique puisque dépendante d’une Banque Centrale autonome. Le seul précédent historique approximatif (et paradoxal) est le maintien de la monnaie impériale romaine d’or, le solidus, après la dislocation de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle, dans les royaumes francs, wisigothiques, ostrogothiques, burgondes, etc. mais aussi dans l’Empire d’Orient.  La création de l’Euro a été une décision politique et non économique.  Les conséquences de cette décision n’ont pas du tout été les mêmes que celles prévues.

1) S’il a été une facilité pour les touristes et les commerçants, en évitant le change à l’intérieur de la Z€, la monnaie commune ne s’est nullement substituée au dollar comme principale monnaie de réserve et de commerce international. Cela permet aux USA de toujours se financer sur la création monétaire souveraine de la Fereral Reserve Bank, ce qui est interdit à la Z€, objectif pourtant recherché à l’origine. 

2) En lissant les douleurs financières de l’endettement, l’Euro a été une des causes de la crise commencée en 2008 dont nous ne voyons pas la fin. La monnaie commune, partagée par des pays au niveau de développement très inégal (ce qui est une hérésie économique) a encouragé certains pays à l’irresponsabilité en faisant exploser leur dette souveraine. (1) 

3) Piloté par la BCE indépendante dont la ligne est l’ « Euro fort » et la peur (allemande) de l’inflation, la monnaie commune a dépossédé les États de toute politique d’ajustement monétaire (2). Et, par conséquent, l’Euro est devenu une valeur capitalistique internationale de spéculation qui provoque sa surévaluation. D’où la cherté comparative des produits à l’export de la Z€, synonyme de décroissance, de délocalisations et de pertes d’emplois. La Z€, de 2012 à aujourd’hui, où l’euro a grimpé de 10% par rapport au dollar, a détruit 3 millions d’emplois. Dans le même temps, les USA créaient 2 millions d’emplois nets (3)  et le Royaume-Uni un million. 

Certes, une grande partie de l’anémie économique et du chômage français s’explique par une politique économique délirante (que les socialistes ne font qu’accentuer mais qui les précède largement) : matraquage fiscal, surcroît de charges sociales, écosystème hostile aux PME qui ne peuvent plus investir, coût de l’assistanat, refus de toute réforme sérieuse, etc. Mais la surévaluation de l’euro y a aussi sa part. Les 10% récents de hausse de cette monnaie par rapport au dollar signifient un demi-point de croissance en moins.  

Faut-il donc sortir de l’ euro ? Le problème, c’est que la monnaie commune ressemble aux terriers de taupe dans lesquels certains prédateurs peuvent entrer mais non plus sortir, pris au piège. Sortir de l’euro et revenir au franc (quelle qu’en soit la nouvelle définition) aboutirait inexorablement à une dévalorisation rapide et dramatique des avoirs fiduciaires de millions  d’épargnants. C’est d’ailleurs pourquoi beaucoup de ces derniers se détournent du FN de Marine Le Pen dont la « sortie de l’euro » sera un gros handicap dans son programme (4)

La solution est très malaisée. Il ne fallait pas faire l’euro, mais, maintenant, c’est trop tard. Je disais plus haut que les créateurs de l’euro, décision purement politique et fédéraliste, avaient tendu un piège, une nasse. La seule solution (Cf. mon essai Mon Programme, Éditions du Lore), ce n’est pas de supprimer l’euro mais de le réformer en profondeur, donc de réformer la BCE, en lui ôtant son indépendance. Et par là même, de bouleverser les institutions européennes actuelles, aberrantes, ainsi que les traités utopiques  La politique monétaire de la Z€ (création monétaire, taux d’escompte, dévaluations éventuelles) devraient être déterminées par le Conseil (assemblée des ministres et des gouvernements) à la majorité simple, donneur d’ordre à la BCE.  Ainsi l’euro ne devrait-il plus être ce qu’il est actuellement, au seul bénéfice de l’économie allemande, un néo mark.  L’objectif étant que la valeur  1 € = 1,10 $ soit retrouvée.  L’idée de posséder une « monnaie forte » est un bien vieux slogan asséné par un personnel politique ignare en macro- économie et qui réjouit les spéculateurs mais pas les producteur.  

(1) Sans l’euro et l’union monétaire qui ont fonctionné comme un bouclier pour débiteurs, bien des États, dont la Grèce, n’auraient pas osé s’endetter aussi impunément avec leur monnaie nationale. D’ailleurs, curieusement, pour la France, l’abandon du franc correspond à une explosion de la dette, libellée en euros. Bizarre, non ?  

(2) C’est-à-dire : détermination de la masse monétaire, taux de réescompte de la Banque centrale et dévaluation éventuelle. Actuellement, les traités européens soustraient les parités monétaires aux gouvernements élus au profit des pratiques spéculatives des banques.  L’indépendance de la BCE, gestionnaire de l’euro, n’est que le paravent à l’économie de casino pratiquée par les acteurs bancaires.

(3) Certes, la reprise US est due aussi à l’exploitation massive du gaz et du fluide de schiste dont la France se prive (voir article par ailleurs dans ce blog).

(4) Le programme économique du ” nouveau FN ” de Marine Le Pen comporte d’autres points malhabiles qui pourraient lui faire perdre électoralement plus de voix qu’il n’en gagnerait, en particulier dans les classes moyennes. Notamment sur les questions des retraites, de la fiscalité, des charges sociales…Mais c’est un autre débat.

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