Les Dix Commandements économiquement incorrects

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EurosCes principes ne s’inspirent ni de l’étatisme socialiste ni du libéralisme débridé mais de la pratique et du bon sens. Choses mal partagées en France,  où l’idéologie dissimule la réalité, où l’on va de la théorie à la pratique au lieu de faire l’inverse ; et où une morale émotionnelle tient lieu de réflexion économique.   

 L’efficacité économique et donc la prospérité générale n’ont rien à voir avec la morale et s’y opposent le plus souvent. Cette position choque les bien-pensants  parce qu’elle oppose le pragmatisme à la vulgate morale   socialiste. Cette dernière, pétrie de bons sentiments, aboutit à l’inverse du but recherché et provoque la pauvreté dont elle se nourrit. Plus on veut aider les pauvres, plus on les aime, plus on les multiplie, par le tandem infernal fiscalisme–assistanat. Le fiscalisme appauvrit les classes moyennes et fait fuir les classes riches, l’assistanat multiplie les pauvres. Et les apparatchiks.

1) Le problème central n’est pas du tout de réduire les inégalités entre riches et pauvres ou les inégalités de revenus par la fiscalité et la redistribution (contrairement aux vues abstraites socialo-keynésiennes de Thomas Piketty). Le problème central ne concerne pas les inégalités de revenus mais les revenus en dessous du seuil de pauvreté. Pour que ceux-ci disparaissent, une seule solution : l’emploi, plus que la redistribution. Or la création d’emplois  repose sur l’enrichissement d’une classe d’investisseurs et la multiplication des hauts revenus peu fiscalisés.  Le riche ne vole pas le pauvre, contrairement à la vulgate marxiste toujours en vigueur, au contraire il le finance et est le seul à pouvoir le sortir de la pauvreté par son investissement. La disparition des pauvres passe par la multiplication des riches.  Plus il y a de riches, moins il y a de pauvres, et l’inverse, qui est tragique : moins il y a de riches, plus il y a de pauvres. (1)

2) Rechercher pour elle-même la ”justice sociale” aboutit à la paupérisation des classes moyennes inférieures et des classes déjà pauvres. La justice sociale est un concept égalitariste abstrait, la seule notion concrète est la création de richesses et d’emplois. La justice sociale par redistribution est parfaitement légitime et efficace si elle est modérée et limitée, mais illégitime et contre-productive si elle est massive. La seule amélioration sociale (le ”progrès social”) est la conséquence de l’enrichissement général des acteurs économiques et de lui seul. La notion de ”solidarité” devient parfaitement perverse  si elle est poussée trop loin car elle ruine celle de ”responsabilité”.

3) Pour relancer l’activité, les investissements publics (État, collectivités) financés par les impôts et les emprunts sont  beaucoup moins efficaces que les investissements privés.  Ces derniers ne peuvent être stimulés que par la baisse des impositions et charges pesant sur les entreprises et un desserrement drastique des réglementations qui entravent le secteur privé. Notamment par la simplification d’un Code du Travail plus épais que la Bible qui dissuade de recruter même avec un bon carnet de commandes.

4)   Une indemnisation trop forte et laxiste des chômeurs aboutit à une augmentation du chômage. Pour deux raisons : 1) elle dissuade les chômeurs de retrouver un emploi ;  2) elle prélève des charges sur les marges des entreprises, qui ne peuvent plus recruter ou licencient.  C’est un cercle vicieux.  Parallèlement, les salaires minimum trop élevés comme les seuils planchers d’interdiction des ”petits boulots” à temps partiel favorisent le chômage. En France, l’idéologie socialiste préfère rémunérer un chômeur que de voir ce dernier travailler même pour un salaire légèrement plus élevé.  

5) L’impôt ne doit pas être progressif, mais strictement égal pour tous, proportionnel aux revenus, avec large assiette et faible taux.  Le but de l’impôt n’est pas la redistribution sociale mais la contribution nationale. Un impôt à bas taux, égal pour tous (flat tax même à 10%) rapporterait nettement plus. Il a été démontré (par les services de Bercy, eux-mêmes) qu’une flat tax de 2% pour les revenus inférieurs à 1.300 €, de 5% entre 1.300 et 2.000 €, de 10% au dessus de 2.000 €, avec suppression de toutes les niches et exemptions fiscales, rapporterait 100 milliards d’euros, soit 40 milliards de plus qu’actuellement ! Double avantage : augmentation massive des recettes de l’État, allègement du poids de l’impôt sur les classes moyennes, cœur de l’économie. Mais cette recette efficace est taboue puisqu’elle contrevient au dogme de la ”justice sociale”, enfin de la vision française tordue de cette dernière. 

6) La taxation excessive des revenus du capital et de l’épargne comme la taxation du patrimoine (ISF) aboutissent à l’effondrement de l’investissement. Donc au chômage par assèchement des investissements et fuite (légale) des capitaux. Pour favoriser l’investissement et l’emploi, il ne faut pas taxer les revenus du capital mais seulement et modérément ceux du travail. Les principales victimes des politiques fiscales anti-riches sont les pauvres. En effet, les riches s’en tirent toujours, ils fuient à l’étranger et n’investissent plus dans le pays ou bien se réfugient sur la rente. Trop imposer le capital et ses profits aboutit à les faire disparaître. Or, il n’existe aucune autre source miraculeuse de financement pour une économie nationale. « Le redressement  de l’industrie comme des entreprises françaises est impossible sans une réhabilitation du capital, indispensable pour innover, moderniser. D’où l’urgence qui s’attache au démantèlement de la fiscalité confiscatoire mise en place depuis 2012 » écrit Nicolas Baverez.

7) Un État qui prélève plus de 50% de la richesse nationale (PIB) en dépenses publiques et sociales pour le redistribuer (cas de la France) est beaucoup moins efficace qu’un État qui laisse aux entreprises la richesse nationale pour la réinvestir. Les investissements publics directs financés par l’impôt et par l’emprunt sont beaucoup moins efficaces et créateurs de retombées techno-industrielles et d’emplois que les investissements privés. Le rôle de l’”État stratège” n’est pas de se substituer aux entrepreneurs (ce n’est pas son métier) mais de leur faciliter la tâche en limitant ses prélèvements et ses réglementations, en permettant un haut niveau d’éducation et de formation professionnelle et en passant des commandes publiques ciblées.

 8) L’ ”austérité”, c’est-à-dire l’équilibre rigoureux des comptes et budgets publics, le désendettement, l’optimisation et la limitation du nombre de fonctionnaires, la baisse des charges sociales n’est pas l’ennemie de la croissance mais sa condition. Car elle revient à transférer les flux financiers des dépenses de fonctionnement étatiques vers les investissements productifs. Ce que démontrent les exemples récents du Canada, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, de l’Irlande, de la Suisse, de la Grande Bretagne, etc. La seule dette publique acceptable doit 1) être très limitée et provisoire ; 2) ne concerner que les investissements (recherche, infrastructures, défense…) et non pas les dépenses de fonctionnement ; être majoritairement souscrite par des emprunts nationaux et non des emprunts internationaux. Autrement la dette est une drogue (comme l’assistanat) qui aboutit à la banqueroute, une menace qui guette la France.

9) Le moteur central de la prospérité économique et du plein emploi est la liberté laissée à l’entrepreneuriat privé, seul créateur réel d’emplois et fournisseur  de la majorité de la valeur ajoutée. Le progrès social n’est la résultante que du seul progrès économique, c’est-à-dire à 90% de la richesse créée sur le territoire national par la prospérité du tissu des PME. Un Code du Travail kafkaïen paralyse le secteur privé et entretient le chômage, au seul profit des secteurs protégés. On est dans un modèle semi-soviétique. Mais il est très difficile de faire comprendre ces notions à des législateurs –de gauche ou de droite– qui sont en majorité des fonctionnaires aussi familiers du monde de l’entreprise que des poissons de la terre ferme.   

 10) Les valeurs éthiques et pratiques d’une économie prospère sans paupérisme ne sont pas d’abord la ”solidarité”  ou la ”justice sociale”, concepts creux et dévoyés, mais le dynamisme, la compétition et l’énergie, tout ce que hait la bureaucratie étatiste au pouvoir. C’est-à-dire : 1) le travail, l’effort, le mérite ; 2) une éducation et une formation sélectives et de qualité, centrée sur l’innovation ; 3) l’encouragement à la réussite par l’enrichissement individuel ; 4) le respect d’une stricte égalité entre les acteurs économiques. On en est loin aujourd’hui en France, où l’égalité républicaine est bafouée, où la méritocratie est délaissée, où le travail et la performance sont découragés : 1) privilèges scandaleux de la fonction publique et para-publique et des corporations, en matière d’emplois, de fiscalité, de retraites, d’allocations ; sans parler du puits sans fond des aides aux immigrés ; 2) école à deux vitesses, l’une, publique, dégradée, et l’autre, privée et payante ; 3) réglementations anti-entreprises et anti-travail ( 35h, retraite à 60 ans, etc.) ; 4) matraquage fiscal des classes moyennes familiales et des petits entrepreneurs. Sous le masque de la ”justice” et de l’”égalité” , l’État Providence gère une société sclérosée et, au fond, profondément injuste puisqu’elle ne récompense pas l’effort mais la paresse de l’apparatchik ou de l’assisté.

Conclusion : la valeur-travail

Toutes les autres recettes que ces dernières ont partout échoué. Ceux qui les traitent, par imprécations idéologiques, d’”ultralibérales” n’ont rien compris à la réalité pratique de l’économie d’une nation ou même d’un simple village. De même, ceux qui incriminent l’Union européenne (avec des arguments très justes sur son très mauvais fonctionnement) oublient les lourdes causes inhérentes au seul État français. La paille et la poutre… 

« Les politiques dites de justice sociale affaiblissent la société cassent la croissance, réduisent la compétitivité et mènent au déclin » explique Xavier Fontanet dans son essai Pourquoi pas nous ? L’économiste Arthur Laffer (il a démontré que trop d’impôt tue l’impôt) disait : « pourquoi travailler si à chaque fois que vous travaillez vous recevez une facture et à chaque fois que vous arrêtez de travailler, vous recevez une allocation ? »  Il faut dire qu’en France, l’idéologie dominante est brouillée avec le travail, considéré  comme une aliénation. Le mécanisme de son contraire, l’assistanat, est pervers, c’est une drogue. En aval, il décourage de rechercher du travail et altère les personnalités. En amont, il est dévastateur et injuste : car il ponctionne ceux qui ont eu le mérite de travailler et d’exceller, et il fait fuir les élites qui font des efforts. Une économie prospère est fondée sur la recherche générale de l’enrichissement par le travail et l’effort et non pas sur les revendications de maternation, de protection et d’écrasement égalitariste des revenus. 

Globalement, toutes les politiques socialisantes (paramarxistes) de redistribution égalitaire massive ont trois conséquences : 1) blocage de la circulation des élites ; 2) création d’une caste de privilégiés et d’apparatchiks, rigidifiée ; 3) baisse du revenu moyen. Normalement, l’assistanat et les aides sociales et médicales ne devraient concerner que les ressortissants nationaux qui sont dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins. Il ne s’agit pas d’imiter le système américain, évidemment, mais de prendre conscience de la folie du système français et d’aboutir à un juste milieu.

Le financement global de toute économie, donc de l’État, repose sur le secteur marchand issu de la société. La création de parts de marché donc d’emplois par les entreprises ne peut être financée que par l’épargne capitalistique à long terme. Fiscaliser à outrance cette dernière, pour des raisons idéologiques et de ”redistribution sociale” est suicidaire : elle l’assèche ou la fait fuir à l’étranger.

 Le vrai rôle de l’État est souverain et non gestionnaire. L’État français actuel est un pachyderme impuissant : il écrase le dynamisme économique de la société mais abandonne sa souveraineté : il cède à tous les lobbies et à toutes les manifs violentes, il improvise en permanence, il laisse filer la criminalité et l’immigration invasive. Il restreint le budget militaire et les allocations familiales,  deux  secteurs réellement productifs.  

Le capitalisme n’est pas satanique, il est un mode naturel d’organisation de l’économie, très imparfait mais moins imparfait que les autres. Il est l’accumulation financière des moyens de production par l’épargne spéculative, liée à la prise de risques de l’entrepreneur. Il est supérieur au socialisme, toute l’histoire le prouve. Le diaboliser est aussi idiot que la diabolisation de la sexualité par les puritains. Un ”capitalisme social” est possible : c’est le modèle dit ”rhénan” ou allemand.  Mais il ne doit pas se transformer en État Providence. 

 L’idéal socialiste et étatiste, c’est la rente, le non-travail, l’utopie, la croyance aux miracles. Le refus de l’effort, le culte des droits acquis sont des luxes que se permettent les socialistes au sein du monde capitaliste. Mais ça finira mal : aujourd’hui la France socialiste ne vit que de ses emprunts et de ses dettes auprès de cette ”finance” mondiale tant détestée. C’est un sacré paradoxe.  

La racine psychologique de la prospérité générale est l’ardeur au travail et non pas le ressentiment des pauvres contre les riches. Une économie dynamique et prospère, pour conclure, c’est-à-dire une économie qui assure un niveau de vie et de santé décent à tout le monde n’est pas une économie redistributrice, mais celle où il y a du travail pour tous et non pas des prestations pour tous. La richesse est fondée sur le travail, non pas sur la mendicité. La prospérité est fondée sur l’effort et l’émulation, non pas sur la compassion. Les allocations ne peuvent être financées par un endettement provisoire. Le niveau de vie et de consommation repose sur le travail et l’innovation, tout comme la recherche indispensable d’un nouveau modèle économique moins énergivore. Pour tout résumer, pensons à ce principe économique central qui vaut depuis le néolithique, donc depuis la fin de l’économie de chasse et de cueillette, qu’on peut déplorer mais qu’il faut bien admettre : la richesse, la santé et le bien-être reposent sur le trinôme travail–innovation technique– liberté d’entreprendre. Le reste est littérature, ou plutôt relève d’autres disciplines que l’économie.      

(1) Selon une mentalité répandue en France, le riche est un ”salaud”, un accapareur, sauf si l’on devient riche soi-même. De même, les privilèges sont honnis, sauf les siens propres.

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