Loi Travail : une plaisanterie macronesque

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Marine Le Pen, comme Mélenchon et Martine Aubry, trouvent scandaleuse la nouvelle loi par ordonnances du gouvernement de simplification du Code du Travail pour essayer  –un petit peu – d’inverser la courbe du chômage. On parle de « casse » ou de « régression » sociale, de « salariés jetables » (Marine Le Pen) selon un raisonnement paléo–marxiste infantile qu’on ne trouve que dans cette « France qui tombe » selon le titre d’un livre de Nicolas Baverez.  

En réalité cette loi Travail est timide et insuffisante pour résorber le chômage endémique français – malgré une ”com” prétentieuse et vantarde. Elle ne résoudra que peu de choses.

Vive la réformette !

 Le projet des Républicains et de Fillon, avant leur déculottée à la présidentielle, était nettement plus ambitieux que les ordonnances macroniennes. Il prévoyait la primauté de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche et la suppression des seuils sociaux, qui dissuadent les TPE et les PME d’embaucher. Or, la Loi Travail du gouvernement est d’une très grande frilosité dans ce domaine, reprenant les premières propositions de la loi El Khomri  – quand Hollande était encore président et Macron son ministre – retirées dans la panique après quelques manifs violentes. 

Les ordonnances Pénicaud, en faisant la part trop belle aux accords de branche (on a cédé, une fois de plus, devant les syndicats) et en vidant de leur substance les accords d’entreprises, contrairement aux promesses d’Emmanuel Macron, n’auront pratiquement pas d’effets sur l’emploi. L’économiste Pierre Cahuc, professeur à Polytechnique,  estime que la Loi travail « verrouille le dialogue social au niveau de la branche » et ne l’ouvre pas dans l’entreprise (in revue Challenges), rigidité qui dissuadera encore et encore les chefs d’entreprises (ETI, PME et TPE notamment) d’embaucher.

Certes, cette loi Travail supprime un certain nombre de contraintes pour les entreprises mais, à cause des pressions syndicales, elle renforce le rôle des branches au détriment des PME, ce qui conforte le corporatisme. Cette loi détruit souvent de la main gauche les avantages qu’elle concède de la main droite. Elle n’entre pas dans le cadre d’une réforme, franche et massive, comme le pays en aurait besoin d’urgence, mais d’un simulacre de réforme, une réformette. Spécialité des gouvernements français depuis plus de 30 ans.

D’ailleurs, comme ses prédécesseurs, forts en gueule mais mous du genou, Macron, ce Jupiter de bande dessinée, a cédé à la première menace de blocage des routiers, les exonérant des faibles dispositions de la loi et confortant leurs privilèges. 

Pas un remède, un placebo

La direction de l’entreprise n’a pas la possibilité de consulter en direct les salariés, même  avec majorité des deux tiers. Ce ne sera possible que dans les entreprises jusqu’à 20 salariés … à condition qu’il n’y ait pas de délégué du personnel. Entre 20 et 50 salariés, la direction devra négocier avec un salarié mandaté. Et contrairement au programme de Macron qui prévoyait le référendum dans toutes les entreprises, dans les grandes, il est totalement exclu. Encore une promesse en l’air. Le monopole –antidémocratique – des corporations syndicales minoritaires est maintenu. La loi Travail ne touche donc pas aux rigidités qui ligotent les entreprises et sont une des causes du chômage de masse comme des délocalisations et de la frilosité des investisseurs étrangers en France.     

Comme le fait remarquer  Agnès Verdier – Molinié, directrice de la Fondation Ifrap : « En matière de seuils sociaux, on peut regretter que les ordonnances renforcent encore le caractère repoussoir du seuil de 50 salariés. Ce dernier est déjà une cause de l’absence de développement des PME. Or, en lieu et place de la réforme des seuils sociaux, le gouvernement engage la fusion des instances représentatives (trois) dans un comité social et économique (CSE) » Bien que positive et de bon sens, cette mesure est pourtant insignifiante. Toujours des accouchements de souris. Des médicaments bidons.

Seules les entreprises de moins de 50 salariés pourront, en l’absence de délégué syndical, négocier des accords avec un élu du personnel qui ne soit pas mandaté des syndicats. Seules celles de moins de 20 salariés pourront facilement recourir au référendum. Ainsi les seuils de 20 et 50 salariés, qui découragent les embauches même quand la situation économique s’améliore, sont maintenus. Les syndicats, corporations non–démocratiques qui veulent maintenir leur monopole et leur fromage, ont fait reculer le gouvernement qui avait pourtant promis la levée des seuils.  

L’embauche toujours découragée

Rien n’est prévu dans cette loi Travail pour modifier les règles drastiques et paralysantes limitant l’embauche en CDD : dans le privé le CDD ne peut être utilisé pour un emploi lié à l’activité normale de l’entreprise, il ne peut être renouvelé que 2 fois, pour une durée maximale de 2 ans et sous certaines conditions contraignantes. Ce, selon une vision infantile du fonctionnement des entreprises, afin de pousser les méchants patrons à embaucher en CDI. Résultat : ils préfèrent ne pas embaucher du tout puisque les contraintes du CDI sont trop fortes.

En France, pays de la « préférence pour le chômage » (Denis Olivennes), être au chômage est implicitement une meilleure solution que travailler en CDD.  Les Italiens ont eu le courage et l’intelligence de modifier leur Code du travail – qui ressemblait au nôtre –pour permettre aux entreprises d’embaucher en CDD sans avoir  à  motiver cette décision auprès de l’administration.

Parasitisme et assistanat préservés

La nouvelle loi ne touche pas à la catastrophique et injuste ”garantie jeune ” : ce dispositif, entré en vigueur le 1er janvier dernier, que Macron n’a pas osé abolir, permet à des jeunes qui n’ont jamais travaillé, jamais cotisé, d’encaisser 545 euros par mois, soit 75% de ce que touchent comme retraite de petits agriculteurs qui ont travaillé toute leur vie depuis l’âge de 13 ans. En France, 2 millions ( !) de ”décrocheurs” de 18 à 25 ans qui n’étudient pas, ne travaillent pas et ne sont pas en formation bénéficient, sans rien faire, de ce chèque payé par un État surendetté. C’est pour eux que cette assistance est destinée. Inutile de préciser qu’une majorité conséquente est d’origine immigrée…C’est un boulet pour la nation, au coût exorbitant, qui nous mènera au désastre.

On n’a pas non plus osé abolir la durée du travail à 35 h., contrainte catastrophique et unique au monde. Ni touché au smic, le salaire minimum trop élevé, qui exclut de l’emploi les jeunes non qualifiés. Ni supprimé cette disposition idéologique d’une stupidité sans non qui interdit l’emploi partiel en dessous d’un certain seuil horaire, facteur, là encore de non–embauche et de chômage.

Les déclarations musclées et lucides de Macron contre le parasitisme et l’assistanat  social qui minent la France étaient des paroles en l’air. Comme ses prédécesseurs – et comme c’eût été probablement le cas si Fillon avait été élu – il est incapable de passer des paroles aux actes.    

Et la Suisse dans tout ça ?

Le secrétariat suisse à l’Économie note, sur sa fiche ”France” : « la rigidité du marché du travail est relevée par la plupart des investisseurs comme le principal obstacle des investissements étrangers en France. »

En Suisse, la loi sur le travail comporte 74 articles regroupés sur 32 pages, complétés par des ordonnances sur la sécurité et les normes, représentant 130 pages. À comparer à l’ubuesque usine à gaz du code du Travail français avec ses 3.448 pages. La Suisse a le code du Travail le plus simple, le plus clair et le plus mince de tous les pays développés, le taux de chômage le plus bas, le niveau de vie le plus élevé, le nombre de pauvres le plus faible. La France à le Code du travail le plus massif de tous les pays développés, le taux de chômage parmi les trois plus forts – chômage de masse –, un niveau de vie général en baisse depuis dix ans, plus de 20% inférieur à celui de la Suisse, et le nombre de pauvres (9 millions) et de sans abris le plus élevé. Cherchez l’erreur.

Le fait que Jean–Claude Mailly, le dirigeant de FO, trouve de grandes vertus à la loi présentée  par Muriel Pénicaud – avec qui il a longuement négocié – est le signe de la vacuité de cette loi Travail qui ne marque nullement une révolution libérale, anti – technocratique et anti–fiscaliste, seule susceptible de relancer l’emploi marchand, mais une imposture de plus.  Les économistes et dirigeants suisses ont certainement dû remarquer que la France qui représente 1% à peine de la population mondiale, versait  15% des toutes les prestations sociales de tous les pays du monde. Qui les paye ? Les classes moyennes et le secteur économique privé. 

Chômage de masse et pénurie de main d’œuvre employable

Le paradoxe français, c’est que (droite et gauche confondues puisque tout le monde est imprégné de vulgate marxiste) la redistribution sociale est préférée au travail ; mais, cercle vicieux, cette redistribution ne s’appuyant pas sur le travail, du fait du chômage de masse, elle se nourrit de l’emprunt et de la dette, chaque année plus abyssaux.

La cause principale du chômage de masse en France – cas unique dans l’OCDE – est due, non pas seulement au Code du travail ubuesque et répressif qui dissuade d’embaucher, mais aussi aux charges sociales et fiscales massives (les plus fortes du monde) sur les entreprises, à la rémunération longue, généreuse et sans surveillance des chômeurs qui les dissuade de chercher sérieusement un emploi. Le chômage est dû aussi à la dégradation de l’enseignement primaire et secondaire terminé par un baccalauréat pour tous dévalorisé ; ce qui, conjugué à l’insuffisance de la formation professionnelle et à l’échec massif des étudiants en faculté, produit des bataillons de jeunes non–qualifiés, inemployables par les entreprises. Ils sont condamnés au non–emploi ou aux ”emplois aidés” artificiels et peu durables.  Et les entreprises françaises sont confrontées à une pénurie dramatique de jeunes qualifiés et compétents et ce, dans tous les métiers. Fait aggravé par l’expatriation d’une forte proportion de jeunes élites.  Remplacés par des ”migrants” inutilisables sur un marché du travail sophistiqué.

L’imposture macronienne

Macron, homme d’image, superficiel, sans socle, n’a rien de nouveau et ressemble à ses prédécesseurs : céder à l’idéologie de gauche redistributive et pseudo – sociale, à la moindre averse. Parce que, après la publication des ordonnances de la timide Loi Travail et des propos sur les assistés et autres « fainéants », il a été traité par les  saintes Voix de Gauche d’ « homme de droite », parce qu’après le non moins timide budget 2018 qui réduit l’ISF, baisse (à peine) charges et impôts – sauf pour les classes moyennes aisées –  Sa Majesté Le Monde l’a qualifié de « président des riches ». M. Macron et ses troupes de LREM, effrayés, ont fait machine arrière toute : on rétablit l’ISF sur les abominables ”produits de luxe ostentatoires”, gros voiliers, belles voitures, etc. et surtout, bêtise et scandale, on envisage de réduire ou de supprimer les allocations familiales pour les classes moyennes aisées, au nom d’une conception dévoyée de la justice sociale. L’universalité et l’égalité des allocations familiales quel que soit le revenu étaient une spécificité française qui nous épargnait le plongeon démographique de nos voisins. Pour obéir à la gauche, Macron – qui n’a pas d’enfants et n’en aura jamais – et sa majorité s’apprêtent à parachever l’œuvre commencée sous Hollande de destruction de la politique familiale française. Ces classes moyennes ”riches” sont la colonne vertébrale du pays. Leur supprimer les prestations familiales, c’est les décourager, les inciter à ne plus faire d’enfants et à partir. Catastrophique pour la natalité autochtone. En revanche, cela permettra d’augmenter les allocations pour des catégories – d’origine immigrée– déjà en surnatalité et abreuvées d’aides en tout genre. 

La réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle prévues par Macron vont dans le même sens : faire plaisir à la gauche.  Ce seront des coquilles vides. De ces calculs politiciens, il ne sort rien, que du caramel mou contre le chômage de masse, l’assistanat inefficace, le collectivisme appauvrissant et l’endettement croissant. 

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