M. Fillon et le marketing politique raté

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Un homme si posé, si calme, tellement dans la ligne du radical-socialisme  et des ”modérés” français de la IIIe République, a donc déclaré qu’en cas de duel PS-FN à des élections au deuxième tour, il voterait pour « le moins sectaire », donc implicitement et éventuellement pour le candidat FN. Tempête dans toute la gauche : Fillon n’est plus un ”républicain”, presque un salaud au sens sartrien. Tempête aussi à l’UMP aussi, ce parti bricolé et bringuebalant, où tout le monde se déchire. Fillon cherche-t-il à récupérer le vote FN, à se droitiser face à ses deux ennemis jurés, MM. Copé et Sarkozy ? Vous avez dû lire, voir et entendre des dizaines de commentaires sur cette tempête dans un verre d’eau. Mais l’essentiel n’a pas été dit.

L’essentiel, c’est que M. Fillon n’a pas un seul gramme d’idées et de convictions politiques précises dans son cerveau. Il fait de la com, pas de la politique, comme tous ses petits camarades. M. Fillon a été Premier ministre pendant cinq ans, un record. Il a augmenté les impôts de 30 milliards, il n’a pas stoppé l’immigration clandestine, il n’a aboli ni l’ISF ni les 35 heures, il n’a pas redressé l’Éducation nationale, il n’a pas rétabli les comptes publics pas plus que les régimes des retraites ou les budgets sociaux. Il s’est contenté de réformettes. Et ça ne l’empêche pas de donner des leçons aux socialistes et de présenter implicitement son programme comme une antidote aux mesures catastrophiques des précités, alors qu’il aurait pu le faire quand il était à Matignon, ou bien au moins démissionner s’il est vrai que son patron, M. Sarkozy, l’aurait empêché de mener sa géniale politique.

M. Fillon est comme les autres, comme ses amis et ennemis de la profession politicienne bien lucrative : je dis, je parle, je me fais élire ou nommer, je communique, et après on verra…  Simplement là,  il a commis une erreur de com.

Il aurait dû dire (dépassant les logiques du « ni-ni » et du « Front républicain ») : « au deuxième tour, en cas de duel FN-PS, j’appelle à l’abstention. » Mais M. Fillon n’est pas très malin. Il veut draguer les voix FN (et celles aussi des électeurs UMP de la frange droitiste), séduire comme un maquignon. Il n’a pas de convictions, seulement des calculs de positionnements, comme tous les autres. Ce sont des politiciens, pas des hommes politiques. Le plus ridicule de tous, c’est l’élégant et vieux dandy M. Balladur, qui a creusé la dette comme une pelleteuse une terre argileuse, et qui se fend dans Le Figaro de leçons de gestion des finances publiques. Mais vous savez, les Baroin, Copé, Raffarin, Bertrand, Nathalie KM et tous les autres à gauche sont dans le même cas.

Cette classe politique fait du marketing. Elle ne s’occupe pas tellement  du sort de la France (ou de l’Italie, de la Belgique et de nos autres pays européens) mais uniquement de sa carrière. Pas plus que les fabricants de malbouffe dans les supermarchés ne se préoccupent de votre santé. Ils vous vendent des produits bas de gamme mais sous des emballages et avec des prix attirants. C’est la même logique. Le politique s’est réduit au marché.  Ce qui, au fond, est une forme soft de despotisme. «  Je mens mais croyez-moi ». L’idée grecque de démocratie est biaisée : vous votez pour quelqu’un qui ne fera 10% de ce qu’il promet. M. Fillon (par ailleurs un brave homme, insoupçonnable de la moindre corruption (1)) a tout simplement commis une erreur de com, de marketing politique dans sa stratégie personnelle – et non pas patriotique – de devenir locataire de l’Élysée en 2017. Peu de chances qu’il y parvienne, c’est un tigre sans canines.

Le défunt sociologue de gauche Jean Baudrillard disait, dans les années 80, au moment du surgissement du Front national, dans un article de Libération, que ce parti était « le seul à faire de la politique », les autres ne faisant que du marketing politique. Et que c’est pour cela qu’il aurait un avenir.  Dans un prochain article, je me permettrai de parler – de nouveau – du Front national.  Celui d’aujourd’hui.   

(1) Au risque de choquer et pour reprendre la théorie de l’avocat Cicéron, qui n’était pas un enfant de chœur, on peut dire que le plus grave défaut chez un édile, ce n’est pas tant qu’il se laisse corrompre ou qu’il corrompe ; c’est surtout qu’il ne remplisse pas les promesses qui lui ont valu son élection et qu’une fois aux affaires, il ne soit pas à la hauteur. Mais François Fillon est-il persuadé qu’il a été à la hauteur ?   

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