Mais quelles mouches ont piqué Mme Taubira ?

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M. Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur (très fort en propos sécuritaires mais impuissant dans les faits) s’est insurgé, rompant la solidarité gouvernementale, contre le projet de loi de la Garde des Sceaux visant à bouleverser la politique pénale. Les mesures proposées visent à abolir les peines plancher, à supprimer les peines de courte durée (remplacées par la « probation »), à individualiser les peines et à généraliser les remises et les aménagements. Une logique qui nous sort un peu plus du ”droit positif” (ou ”droit objectif”, d’origine romaine) fondé sur la loi impersonnelle, au profit d’un ”droit subjectif” ou ”intuitif” fondé sur l’opinion voire la fantaisie des juges. Ce qui nous ramène à une philosophie du droit médiévale, très éloignée des fameuses « valeurs de la République ». Et ce qui peut donner lieu aussi bien à un laxisme catastrophique envers les criminels qu’à une répression politique frappant des innocents.

Mme Taubira n’est pas vraiment une ministre de la Justice, c’est une militante politique. Rappelons qu’au moment de l’affaire du ”mur des cons”  elle avait, à l’Assemblée nationale, pris clairement la défense du Syndicat de la Magistrature, ce qui est une entorse à la neutralité gouvernementale envers les syndicats (1). Déjà, les mesures entamées par son ministère depuis un an (gel de construction de nouvelles prisons, circulaires incitant à la clémence, etc.) avaient, de l’avis des criminologues, contribué à une hausse significative de la criminalité. Mais le projet de loi de Mme Taubira obéit à deux logiques associées : 1) l’application de l’idéologie pénale gauchiste ; 2) la défense des délinquants envisagée d’un point de vue ethnique. Voilà les deux mouches qui ont piqué Mme Taubira.

1.     L’idéologie pénale gauchiste (dont les racines remontent à Jacques Lacan et surtout au philosophe Michel Foucault, tous deux influencés par le rousseauisme) présuppose que la prévention par l’éducation (ou la ”réinsertion’) vaut mieux que la répression et que le criminel est au fond une victime de l’injustice sociale. Ce qui aboutit évidemment à préférer ce dernier à la victime.  Cette idéologie, déconnectée du réel, a toujours échoué. Pour deux raisons : d’abord parce que les délinquants ne le sont pas majoritairement pour des raisons socio-économiques mais psychologiques. Ensuite, parce que la meilleure des préventions c’est la répression. C’est du bon sens. Mais la gauche et le bon sens sont brouillés. L’idéologie est l’interface opaque entre le réel et l’homme de gauche.

2.     Mme Taubira pense de manière ethnique. Implicitement, pour elle, puisque la majorité des condamnés et des emprisonnés sont d’origine allogène, c’est que l’actuel système pénal et judiciaire est raciste. Il faut donc le casser.

Dans mon essai Mon Programme (Éd. du Lore), j’avais esquissé une politique judiciaire refondée sur le droit positif romain, c’est-à-dire sur les valeurs républicaines strictes de l’État de droit. Entre autres mesures, destinées à diminuer la criminalité : 1) Suppression de toutes les remises et allègements de peines ; toute peine prononcée est intégralement effectuée. 2) Suppression du juge d’application des peines. 3) Application rigoureuse des peines planchers inscrites dans le Code pénal sans interprétation des juges. 4) Au prononcé de sa peine tout condamné est immédiatement  incarcéré (2) et placé en détention provisoire, l’appel n’étant pas suspensif. 5) Tout étranger est définitivement expulsé sans autorisation de retour au terme de sa peine de prison. 6) Le récidiviste voit sa peine éventuelle de sursis précédente intégralement effectuée en addition de sa nouvelle peine. 7) Le réitérant (auteur d’un crime ou d’un délit différent du précédent) voit sa peine doublée par rapport au barème du Code pénal. 8) Les peines d’emprisonnement ne se confondent plus et deviennent cumulatives. 9) Les places de prison sont largement augmentées.

Il faut remarquer qu’une telle  politique pénale aurait un effet dissuasif assez considérable et ferait automatiquement baisser la criminalité. Ce qui, mécaniquement, ne ferait pas augmenter significativement les incarcérations et donc limiterait le besoin de nouvelles places de prison…

(1) L’idée même d’un syndicat de magistrats semble aberrante dans une philosophie du droit démocratique. Le syndicalisme est une institution de droit privé visant à créer une coalition de salariés. Syndiquer, autrement dit constituer en corps intermédiaires corporatistes des magistrats, des policier (ou pourquoi pas demain des militaires ?), c’est-à-dire des représentants d’une fonction régalienne de force, ne correspond pas à une conception républicaine de l’État mais plutôt 

(2) Actuellement, 100.000 condamnations à la prison, annuellement, ne sont pas appliquées en France.  Les crimes de récidivistes non incarcérés ou remis en liberté ne se comptent plus.

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