Programme économique du FN : réfutations et alternatives

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Dans un précédent article, (« Programme économique du FN : tout faux ») j’avais critiqué l’esprit du programme économique et social du Front national en argumentant qu’il était, par son irréalisme, susceptible de casser sa dynamique. Mais aussi parce qu’il rabâche la rhétorique éculée du socialisme. Reprenons les points majeurs du programme économiques du FN dans un esprit de critique positive et d’esprit pédagogique. Cet article sera un peu plus long que les autres : le temps de lecture est d’un quart d’heure.   

1) Augmentation autoritaire des faibles revenus. Marine Le Pen plaide dans son programme de 2012 pour que « tous les salaires jusqu’à 1.500 € bénéficient d’une augmentation de 200 € net ».

 Objection. Les effets pervers de cette mesure démagogique, qui relève de la croyance aux miracles, seraient de décourager un peu plus les embauches, de favoriser encore les délocalisations, le travail au noir (immigré en grande partie) et les emplois à bas coût en provenance de l’Europe de l’Est (”travailleurs détachés”) avec charges sociales réduites payées dans ces pays. De plus, la détermination par l’État des salaires du secteur privé entraîne toujours des effets de distorsion contraires aux buts recherchés. 

Contre-proposition : pour favoriser l’emploi et non pas cette catastrophique ”préférence française pour le chômage”, il faut assouplir toute la réglementation salariale, en évacuant l’idée que les patrons sont des esclavagistes.

2) Le FN veut renouer avec l’ « État stratège », qui ”planifie la réindustrialisation” et s’inspire du ”colbertisme”.  Apparemment, c’est une bonne initiative, d’inspiration gaullienne. Un État, non pas obèse, qui entretient la plus grosse armée de fonctionnaires du monde, mais qui s’amaigrit et se concentre sur les priorités stratégiques.

Objections : un tel État stratège suppose paradoxalement une cure d’anti-étatisme, d’anti-fiscalisme, de réduction massive de son périmètre social, de simplification de son organisation kafkaïenne. Or le programme du FN conserve le mastodonte de l’État Providence, ne réduit pas la fonction publique ni ses privilèges, ne défiscalise pas réellement. Un tel État, comme Gulliver enchaîné, comme un mammouth pris dans un marécage, n’a aucun moyen de mener la moindre ”stratégie nationale”.

D’autre part, ce n’est pas à l’État de ”planifier la réindustrialisation”, comme si l’on était en Union soviétique ou dans l’Algérie de Boumedienne. C’est à l’État d’empêcher la désindustrialisation et d’attirer les investissements en sabrant dans les charges, la fiscalité, les entraves administratives. La réindustrialisation ne se décrète pas par les fonctionnaires et les politiciens qui, dans le même temps, la découragent. Il faut simplement la faciliter en libérant la rentabilité des entreprises. À cet égard, se réclamer du colbertisme est absurde. La politique économique de Colbert (XVIIe siècle) n’a rien à voir avec la situation d’aujourd’hui. De plus, elle a piteusement échoué face au mercantilisme et au libéralisme anglais naissants. Le colbertisme est un interventionnisme coûteux et inefficace.

Contre-propositions. Le FN considère que c’est l’État qui crée la richesse et la décide et ” augmente le pouvoir d’achat”. C’est une conception erronée de la fonction souveraine étatique. Un État maigre et fort  doit se concentrer sur ses missions régaliennes et intervenir politiquement dans la fonction économique mais ne pas s’y substituer. M. Philippot partage une vision chevènementiste de l’action économique de l’État (comme Montebourg) mais pas du tout gaullienne ! En effet, sous De Gaulle, la puissance publique pesait seulement 30% du PIB contre plus de 55% aujourd’hui dans notre système socialo-étatiste ! De Gaulle disait : « dans un monde concurrentiel, il faut être tous compétitifs ». Le Général n’était nullement ”anti-libéral” !  Et c’est sous sa présidence et celle de Pompidou que l’ État français fut vraiment ”stratège” : Airbus, Ariane et l’Europe spatiale, le programme nucléaire civil et militaire, le TGV , etc.  La renaissance d’un État stratège suppose l’abandon de son contraire : l’État Providence. 

3) Abordons maintenant le point le plus étonnant et le moins étayé du programme du FN : la sortie de l’Union européenne et de l’euro, pour revenir au franc. Marine Le Pen dans une interview (Le Figaro, 28/11/2014) explique : « je m’engagerai auprès des Français à organiser, dans les six mois, un référendum sur la sortie de l’Union européenne. Durant ces six mois, j’irai auprès des instances européennes pour négocier le retour en France de quatre souverainetés essentielles : territoriale, monétaire, législative et économique. Ensuite, soit l’Union européenne rend au peuple français ces quatre éléments, soit elle refuse et je demanderai alors aux Français de voter oui au référendum pour sortir de l’UE ». Elle ajoute : « si les Français votent non, je partirai ».

Objection : à lire cette phrase, on se frotte les yeux. Lorsque M. Junker et ses commissaires vont voir débouler la nouvelle présidente Le Pen, ce sont les mains qu’ils vont se frotter. Bien entendu, tout comme Mme Angela Merkel (qui dirige l’UE en duumvirat avec la Commission), ils répondront un nein poli mais ferme à sa demande de négociation. Ils lui diront avec un grand sourire : « vous voulez donc, après notre refus, faire un référendum sur la sortie de la France de l’Union européenne et de l’euro ? Chiche !  »

Ils sauront fort bien que, même après une élection de Marine à la présidence, avec une majorité de FN et de ralliés à l’Assemblée, les Français refuseront le plongeon risqué dans une sortie de l’UE. Comme si l’on piquait du nez dans une piscine vide. Les conseillers de Marine Le Pen on dû lui raconter que les Français ayant voté contre Maastricht en 2005, ils voteront pour la sortie de l’UE comme un seul homme. Mais là, le pari sera trop risqué ; le référendum sera un échec. Et Marine Le Pen, conformément à sa promesse, devra démissionner. Ainsi, les dirigeants européens seront très heureux de ce naufrage qui les débarrassera d’un FN au pouvoir en France. (1) Donc, cette stratégie de Marine Le Pen est à la fois mal pensée, amateuriste et surtout suicidaire. Elle a tort  de promettre ce scénario de chantage aux institutions européennes et de menace de référendum de sortie de l’UE, car cette solution extrémiste programmée va lui faire perdre pas mal de voix avant les élections de 2017 et donner du grain à moudre à ses adversaires.

Alternative : Imposer et négocier intelligemment mais fermement une modification des règles de fonctionnement de l’UE, notamment les catastrophiques accords de Schengen (frontières internes ouvertes), la fin des abus de compétences et de pouvoir de la Commission,  le recouvrement de la souveraineté en matière d’immigration et de politique intérieure, notamment policière et pénale, un contrôle effectif de la Banque centrale européenne,  etc. (2) Ce serait plus crédible.

4) Instaurer un protectionnisme autour de l’économie domestique française. Il s’agit de sortir du marché unique, avec mise en place de barrières douanières, « droits de douane et quotas d’importation ».

Objections.  L’établissement de droits de douane (même modulés) et de contingentements n’est possible et bénéfique, comme l’ont démontré les économistes Maurice Allais et François Perroux, que dans le cadre d’un vaste espace à la dimension de l’Europe. Ou bien de la Chine ou des USA, ce que ces deux puissances pratiquent d’ailleurs avec cynisme (concept d’ « autarcie des grands espaces »). À l’échelle mini-économique de la France, ce serait une catastrophe. Pourquoi ? 1) Renchérissement général de tous les biens de consommation importés, soit 70% de ce que vous achetez dans votre supermarché ; renchérissement surmultiplié par l’augmentation du prix des biens de production intermédiaires importés par les entreprises domestiques. 2) Mesures de rétorsion sur toutes les exportations françaises. 3) Coûts administratifs pour les entreprises et l’État de l’usine à gaz d’un protectionnisme national, en termes de calculs fiscaux.

Contre-propositions. Politique déterminée de la France pour imposer à l’UE l’établissement d’un espace continental  européen protégé, avec réciprocité. Règles inter-industrielles. Imiter Chine et USA.  

5) Dévaluation du ”nouveau” franc pour favoriser les exportations.

Objection  Les dévaluations compétitives voient leurs effets annulés au bout d’un an. Elles sont artificielles. Les exportations reposent d’abord sur la compétitivité des entreprises et non sur des manipulations monétaires, éphémères. De plus, une telle dévaluation renchérirait les importations, non seulement de consommation finale des ménages mais de B2B (importations industrielles des biens de production). Catastrophique pour un pays à la balance commerciale négative !  Au total, l’effet serait sévère sur le pouvoir d’achat et les exportations elles-mêmes. Sans compter que le programme autarcique du FN amènerait des rétorsions qui renchériraient les exportations françaises. 50% de la production industrielle est exportée…  Désordre généralisé en Europe, guerre des dévaluations.

Pour financer son projet hallucinant de retour à la retraite à 60 ans ou de combler les déficits des systèmes de protection sociale, Marine Le Pen ne répond pas par des réformes de structure, mais propose de « passer par la monnaie (c-à-d un nouveau franc dévalué), de réaliser de grandes économies sur la gabegie inouïe que représentent l’immigration, la fraude sociale, l’UE, la décentralisation et revenir à des protections face à la mondialisation. Tout cela permettra de relancer la création de richesses et donc l’emploi. Seul l’emploi fera baisser les déficits français et la dette ».

Alternative  Pas de sortie de l’euro mais effectivement, coupes massives dans le coût de l’immigration, mais aussi – ce qu’oublie le FN –  dans le coût général de l’État Providence et des privilèges exorbitants des sphères étatiques et fonctionnarisées, principaux obstacles à l’emploi. 

 6) Rembourser la dette publique par des obligations nationales émises en franc rétabli.

Objection. Le problème, c’est qu’une dette financée par un emprunt d’État obligataire émis auprès des Français par la Banque de France, et de plus en ”nouveaux francs” dévalués, ne trouverait  rigoureusement aucun prêteur national ! Sortir de la zone euro pour monétiser en néo-francs la dette publique est l’exemple même de la solution intellectualiste et idéologique qui ne marchera pas concrètement. De plus, cette solution absurde ferait exploser la dette (le principal) et les intérêts, du fait automatique du différentiel de change €/franc rétabli et de l’augmentation des taux d’intérêt qui ne seraient plus corrélés au matelas de l’euro. Pente assurée vers la banqueroute nationale et l’appel au secours au FMI et…à la BCE. Humiliation nationale complète. Une dette payable en euros avec un franc dévalué est une hérésie économique. Sans parler de l’explosion de la facture énergétique payable en dollars…

Alternative. Économies massives dans les dépenses et le fonctionnement de l’État  de manière à réorienter le capital vers les entreprises et les particuliers, seule méthode pour augmenter le rendement fiscal, seule source du désendettement. f

 7) Rétablir la retraite à 60 ans.

Objection. C’est est blague, une impossibilité financière, un mensonge énorme pour tous les futurs retraités. Cependant, avec justesse, le FN remarque qu’après 55 ans, il existe un chômage définitif massif et que, dans le privé, la notion de ”retraite” souffre d’une signification économique déficiente.

Contre-propositions.  1) Pour tous les fonctionnaires des trois fonctions publiques et entreprises à statut étatique privilégié, retraite à 65 ou 67 ans, avec abolition des privilèges de niches, comme la ”pénibilité”. 2) Alignement rigoureux des régimes généraux de retraite par répartition du public et du privé. 3) Glissement progressif et rapide pour tous du régime de la retraite par répartition à la retraite par capitalisation. 4) Dans le secteur privé : droits à la retraite par répartition ou capitalisation en fonction des trimestres cotisés, sans aucune obligation d’âge de départ. 

8) L’impôt sur le revenu rendu plus progressif par la création de nouvelles tranches intermédiaires.

Objections : L’avantage, évidemment, est de limiter les effets de seuils. L’inconvénient est de compliquer encore la perception administrative de l’IRPP. Mais surtout, on ne s’attaque pas au problème de la surimposition des classes moyennes basses et supérieures, aux effets dévastateurs puisqu’elles paralysent les forces vives, les découragent et les font fuir. Le FN aggrave encore un système pseudo-social, injuste et contre-productif.

Contre-proposition : il faut écraser l’impôt sur le revenu, élargir considérablement son assiette et réduire son taux ;  non pas le rendre plus progressif mais plus du tout progressif. Il faut une flat tax universelle à 10% pour tous les revenus, du travail ou du capital, avec suppression de toutes les niches ; ce qui augmenterait le rendement de l’impôt direct de 40 %, soulagerait les classes moyennes, simplifierait drastiquement les coûts de perception et…permettrait une meilleure redistribution sociale.   

9) La taxe d’habitation sera rendue « aussi progressive que l’impôt sur le revenu ».

Objection. Il est vrai que la taxe d’habitation est absurde et improductive (difficilement perçue auprès des ménages modestes) puisqu’elle ne tient pas compte des niveaux de revenus et varie considérablement selon les communes. Mais la rendre progressive en fonction des revenus ferait dramatiquement baisser son rendement et plomberait encore un peu plus les classes moyennes.

Contre-proposition. La TH doit porter sur les locataires : 5% du loyer ; et sur les propriétaires : un pourcentage fixe en fonction de la valeur foncière locale du bien immobilier. Sans aucune distinction (principe de simplification) entre les particuliers et les entreprises.

10) TVA rendue encore plus progressive par un taux surmajoré.

Objections. Là encore, c’est une proposition socialiste, qui veut rendre progressive la TVA, avec l’illusion de renforcer les pouvoirs d’achat les plus modestes. De plus, cela complexifie encore les calculs ubuesques pour les entreprises, sans ramener un sou supplémentaire au budget de l’État. Et cela augmenterait encore la fraude.

Contre-proposition : TVA unique et universelle à 20% pour tous les biens et services de consommation ; TVA à 15% pour les biens et services de production achetés par tous les types d’entreprise, y compris professions libérales. Avantages : simplification et baisse des coûts de perception ; diminution des coûts de production pour les entreprises. Rendement supérieur pour l’État.

11) Maintien et renforcement de l’ISF (impôt de ”solidarité” sur la fortune) qui est fusionné avec la taxe foncière avec une progressivité maintenue.

Objections. Reconnaissant que l’ISF est un « mauvais impôt », le FN se refuse néanmoins à supprimer cette exception française unique au monde. La raison est purement idéologique et démagogique et, en cela, le FN suit exactement l’UMP ! « On ne peut pas le supprimer compte tenu du gigantesque sentiment d’injustice que subissent les classes moyennes et les classes populaires sur lesquelles pèse l’intégralité du poids de l’impôt », explique Marine Le Pen. Elle raisonne exactement comme Chirac et Sarkozy. Résultat : fuite des investisseurs, énormes pertes fiscales. Tout impôt excessif sur le capital le fait fuir – petits et gros poissons– et donc assèche le crédit aux entreprises et, par conséquent diminue l’offre d’emplois. L’ISF, en faisant fuir les fortunes et les investisseurs, coûte trois fois plus cher qu’il ne rapporte. 

Alternative : abolition de l’ISF et baisse drastique de toute imposition de l’épargne et des revenus du capital des plus gros aux plus modestes. 

 12) Diriger les investissements des entreprises vers le territoire français  en modifiant l’impôt sur les sociétés. 

Objection. Excellent principe, sauf qu’il est totalement incompatible avec le reste du programme du FN qui ne prévoit pas de baisses de charges et d’impositions majeures et  significatives sur les entreprises. Cette mesure vise à contrer les ”délocalisations” et à attirer les investissements extérieurs. Mais la seule manière de le faire est la suivante :

Alternative.  Impôt unique ultra-compétitif sur toutes les sociétés ou filiales installées en France, ne dépassant pas les 15% ; baisse des charges ; simplification du Code du travail, abolition des contraintes administratives, flexibilité des salaires et de l’emploi. C’est ainsi que les investissements se dirigeront d’eux mêmes vers le territoire français, sans coup de baguette magique de la fée Clochette.

13) Augmentation du pouvoir d’achat salarial et instauration d’une « contribution sociale aux importations (CSI) » égale à 3% des biens importés.

Objections : D’où vient ce chiffre de ”3%”, de quel savant calcul ? C’est du jeu de dé. Cette mesure absurde ferait baisser le pouvoir d’achat général en renchérissant les importations de biens de consommation et de production bien au delà du gain fiscal de cette ”CSI”, nouvelle invention énarchique. Sans compter les mesures de rétorsion catastrophiques des clients de la France sur nos exportations, déjà peu brillantes. Le pouvoir d’achat salarial ne se décrète pas par l’État. C’est une vision communiste de l’économie, qui a toujours échoué. Le pouvoir d’achat salarial est le fruit du marché et de la santé des entreprises. Le rôle de l’État est de libérer la marge de manœuvre compétitive des entreprises nationales, pas de multiplier les taxes pseudo incitatives. En outre, une telle mesure serait une ”usine à gaz” de plus, ingérable. En effet, dans une économie mondialisée, la notion de ”bien importé” est très floue, puisque dans n’importe quel produit made in France entre toujours un éventail de biens de production venus du monde entier. Et, pis, ce que n’ont pas vu les brillants économistes du FN, dans nombre de ces ”produits importés” il entre aussi des équipementiers français exportateurs, qui seront donc pénalisés…

Alternative Cette mesure serait négative et augmenterait encore le record Guiness de la France en matière de taxes et d’impôts. À la trappe.     

Conclusion : le FN doit revoir sa copie.

Comme je le suggérais dans le précédent article consacré à cette question, ce programme économique du FN n’est pas vraiment, d’après tous les sondages, ce qu’attendent ses électeurs. La majorité de ces derniers se tournent vers le FN pour sa lucidité sur la question de l’immigration invasive et de toutes ses conséquences catastrophiques ; mais aussi parce qu’il apportera enfin une alternative aux deux blocs (droite et gauche) qui ont gouverné la France sans succès, qui ont laisser se dégrader l’éducation publique, la sécurité et tous les autres paramètres. Or, le programme économique du FN ressemble étrangement (sauf sortie de l’UE et de l’euro), à tout ce qu’a fait l’”UMPS” pour maintenir et aggraver l’État Providence socialo-étatiste.

La sortie de l’UE et de l’euro, partant d’analyses parfois justes, aboutit à des solutions de science-fiction, impraticables. Le FN est révolutionnaire quand il faudrait être réformiste, et conservateur quand il faudrait être révolutionnaire. L’explication tautologique et réductionniste du déclin économique de la France à cause de l’UE et de l’euro ne tient pas si l’on regarde l’Allemagne ou les Pays-Bas – moitié moins de chômage et revenus supérieurs. 

Le FN, d’autre part, est d’une extrême timidité, d’un silence ou d’une étonnante ambiguïté sur des sujets tels que : les privilèges des secteurs protégés (retraites, etc.), l’opacité des corporatismes syndicaux subventionnés, le rognage des allocations familiales, la simplification indispensable du Code du Travail, l’assouplissement nécessaire du marché de l’emploi, l’inflation réglementaire étouffante, les surtaxations qui s’empilent chaque mois les unes au dessus des autres comme des lasagnes, etc. La liste est longue.

Le programme économique du FN ne va pas à l’essentiel et peut rater sa cible ; devenir un piège. Il est attiré par un tropisme passéiste issu de la gauche étatiste et égalitariste, pseudo-sociale et fabricante de pauvreté. Il se laisse aller, quoi qu’il dise, à l’idéologie plus qu’au pragmatisme, au nominalisme (diabolisant le terme ”libéralisme”, dont la signification est floue) plus qu’à l’analyse, au romantisme improvisateur (sur l’Europe) plus qu’à la froide stratégie. Les dirigeants du FN doivent réfléchir à froid avant d’agir à chaud si jamais ils sont élus et non pas faire l’inverse. 

NOTES

(1) D’autre part, une sortie de l’euro et un retour au franc, même à parité nominale immédiate, aurait deux effets dévastateurs : d’abord, le coût comptable énorme de la reconversion monétaire brutale pour les entreprises mais aussi pour l’État ; ensuite, l’inévitable dévalorisation de change du ”nouveau franc”, hors demande sur les marchés, qui provoquerait une fonte de tous les avoirs fiduciaires des particuliers, des entreprises et de toutes les collectivités publiques.  En cas de menace de sortie de la France de l’euro, on assistera à un mouvement massif préventif de transfert des capitaux français vers l’étranger, y compris de la part des petits épargnants. 

(2) Cf. mon essai Mon Programme. Éd. du Lore.

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