Quand le Front national se trompe lourdement

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À propos de la réforme du statut de la SNCF, le Front national, comme sur beaucoup d’autres sujets économiques, s’enferre dans de lourdes erreurs. Ces grèves contre la fusion SNCF et RFF et  surtout l’ouverture à la concurrence sont motivées par la peur (largement fantasmée, hélas) de perdre des avantages indus. Comme toujours, il s’agit de la défense bec et ongles, par des égoïsmes corporatistes, de privilèges injustifiés datant  de 1945 et d’inspiration nettement communiste.

Défenseur du ”service public”, le FN coincé entre la défense des usagers, exaspérés à 72% par les grèves des privilégiés, et les syndicats corporatistes de la vieille gauche chez lesquels il recueille des électeurs (33% de sympathisants de FO, 27% de Sud, 22% de la CGT.) ne sait pas sur quel pied danser.

Florian Philippot, vice-président du FN, déclarait que la « libéralisation totale » du transport voyageurs national en 2019 et  en 2022 pour les lignes régionales provoquera le même « effondrement » que celui observé après la libéralisation du fret. Première mauvaise analyse : le déclin du fret ferroviaire ne provient pas de la mise en concurrence de la SNCF avec des opérateurs privés mais, à l’inverse, du fait que celle-ci soit nettement insuffisante. En effet, les entreprises se détournent du transporteur SNCF au profit la route parce qu’il est trop cher, peu fiable (grèves, retards, etc.) et mal géré.  Si le fret ferroviaire était  entièrement concurrentiel, il progresserait.

Marine le Pen s’oppose à la réforme ferroviaire, notamment à la mise en concurrence de la SNCF, au nom d’arguments irrecevables : une prévisible « hausse massive des tarifs » ; une « baisse de la sécurité » ; une « suppression des lignes les moins rentables dans les campagnes et les villes moyennes », c’est-à-dire dans les bassins de population ou le FN fait ses meilleurs scores…  

Or, en Allemagne, où la Deutsche Bahn a été mise en complète concurrence avec des compagnies privées dont une filiale de la SNCF, on a noté, tout au contraire, une baisse des tarifs, un maintien de la sécurité, une amélioration de toutes les dessertes !  En Grande Bretagne, où le rail est entièrement concurrentiel depuis la réforme Thatcher, on trouve le meilleur service ferroviaire d’Europe.

D’autre part, on ne voit pas en quoi supprimer des lignes non rentables et surdimensionnées par rapport à la clientèle au profit de liaisons par autocar détruirait le ”service public” de transport. Au contraire, il en serait amélioré, plus souple, moins cher.

Dénonçant le « saccage du service public français », le FN refuse « toutes les directives de libéralisation du rail » et toutes les autres « contraintes communautaires », ainsi que le maintien du « monopole »   de la SNCF sur le rail français.  C’est oublier que  les activités de la SNCF à l’étranger (Allemagne, GB, Belgique, etc.), créent des emplois, même en France. La position du FN est économiquement obsidionale. Refuser la concurrence en France du rail étranger, c’est renoncer à l’exportation à l’étranger du rail français.  Et ceci est valable pour tous les secteurs économiques.

La SNCF perd 3 milliards d’euros par an, payés par le contribuable. Sa dette augmente de 1,5 milliards par an et  s’élève à 45 milliards d’euros, que rembourseront les mêmes contribuables français. C’est ça, le ”service public” ? Ce naufrage financier s’explique en grande partie par les privilèges exorbitants des agents SNCF et le coût des grèves.

Pour faire bonne mesure, l’économiste en chef du FN, Bernard Monot, qui raisonne sur des concepts idéologiques superficiels et irréels, estime « qu’il est possible » de réaliser des économies  pour la SNCF. Oui, mais, avec des solutions totalement inverses de celles qu’il propose : privatisation, fin des privilèges des agents, fin du monopole. Certes, cet économiste estime avec raison que «  toute activité ne peut pas se conceptualiser sur un mode marchand », mais il se méprend en prétendant que les transports et l’énergie, comme l’armée ou la justice, doivent relever d’une mission exclusive de l’État.    

  Comme l’ont démontré Schumpeter et Allais, la logique marchande n’est pas du tout incompatible avec le service public, bien au contraire ; dès lors que les opérateurs privés se soumettent à un cahier des charges national. De même, par ignorance économique, on se fait  une conception faussée de l’indépendance et de la souveraineté nationales. Ce qui les menace le plus tient aux charges et impôts excessifs : ils poussent à la délocalisation les entreprises du CAC 40 qui ne créent plus d’emplois en France et qui, faute de rentabilité ou d’un actionnariat national découragé par une fiscalité délirante sur le capital, se tournent vers l’étranger pour se financer ou vendre des pans entiers de leurs activités. L’État français surfiscaliste est beaucoup plus destructeur de notre tissu industriel que Bruxelles et l’Union européenne.

Ce qui ne doit pas empêcher de déplorer que cette dernière soit incapable de concevoir une politique industrielle et une préférence commerciale européennes. Les thèses du FN sur une autarcie française sont inapplicables du fait de la taille restreinte de notre économie.  En focalisant tous les maux sur ”Bruxelles”,  le FN fait l’impasse sur le principal responsable de la désindustrialisation de la France, de la fuite des capitaux investisseurs français : l’étatisme français, socialiste, dépensier, déficitaire, endetté, racketteur, usine à chômeurs, fabrique d’appauvrissement et de déclassement pour tous les exclus du pléthorique secteur protégé et improductif.

Plutôt que de fustiger, avec l’extrême gauche, un ”utralibéralisme” complètement fantasmé, le FN, pour préserver la souveraineté économique française, ferait mieux de défendre la filière nucléaire, menacée par la folie des lobbies verts pseudo écologistes. Le logiciel économique du FN date beaucoup et semble empesé dans l’idéologie, très loin des réalités de l’écosystème économique du XXIe siècle. Ses responsables devraient comprendre, comme le démontrent les exemples des USA, du Japon et de maints autres pays, que l’intérêt des entreprises, leur rentabilité, leur profitabilité, leur liberté stratégique n’ont rien  d’égoïste et de diabolique ; non seulement ces impératifs ne sont pas contraires à la souveraineté, à la puissance, à la prospérité nationales, mais ils en sont la condition.  

  

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