« Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu », un film de grossière propagande

 Ce film de Philippe de Chauveron, qui rencontre un très gros succès, raconte l’histoire d’une famille française catho dont les quatre filles épousent respectivement un Chinois, un Arabe, un juif et un Ivoirien catholique. Il s’agit toujours (comme dans les séries télévisées) de femmes françaises ”de souche” qui épousent des hommes d’autres origines – et non pas le cas inverse – ce qui a une connotation symbolique très forte. Pourquoi n’ose-t-on jamais mettre en scène des femmes musulmanes qui épouseraient un Français de souche ? Car un message central de cette comédie correspond à un des piliers de l’idéologie dominante : l’apologie du métissage, sous la forme du mariage mixte, de préférence quand la femme est européenne. La ficelle éculée du mariage mixte idyllique a été inaugurée par le film américain  Devine qui vient dîner ce soir (film de Stanley Kramer de 1967 avec Sidney Poitier).  

D’autre part, ce film de propagande est fondé sur un mensonge central, un retournement orwellien de la réalité, comme dans le cinéma soviétique : l’œuvre de fiction moralisatrice opère une distorsion du réel. Ce que vous voyez, croyez et vivez est une illusion, la réalité est tout autre. Dans le film Indigènes (autre énorme succès), on défendait le cliché historiquement  faux que les soldats africains et maghrébins avaient joué un rôle central dans la Libération.  Dans bon nombre de séries TV populaires (par exemple Plus belle la vie), la réalité sociologique de l’immigration est complètement inversée. Le réel n’est pas photographié mais truqué. Dégoulinant de politiquement correct, d’utopisme, d’humour rose bonbon, de bien-pensance et de bons sentiments antiracistes, le propos de ce film est d’être un hymne à la ”diversité“, à l’intégration réussie, à la mixité bienheureuse. C’est-à-dire l’inverse même de la réalité et de l’expérience vécues par des millions de Français. L’idéologie délirante défendue dans cette comédie à message politique sous un habillage de divertissement est en fait celle du think tank Terra Nova qui inspire le PS : le communautarisme est compatible avec le ”vivre ensemble”. Ce qui n’empêche pas Geoffroy Didier, représentant de la droite de l’UMP, de se féliciter de ce « film culte ». Un film qui défend pourtant ouvertement la vision d’une France future ”déseuropéanisée” dans son substrat, largement arabo-musulmane, africaine et asiatique, complètement contraire à la vision de De Gaulle. Mais une France forcément harmonieuse et heureuse, comme chacun peut le constater…

Cerise sur le gâteau, le film montre une parfaite entente réconciliée entre le halal et le casher, entre arabo-musulmans et juifs au sein d’une même famille ; ce qui constitue un déni complet, un de plus, de la réalité.

Eric Zemmour est un des rares à avoir tout compris. Dans sa critique, Une France rêvée qui n’existe pas, (1) il note : «  le succès de ce film rejoint celui d’Intouchables [...] : la France se regarde complaisamment dans son miroir universaliste, le magnifique modèle de l’assimilation [...]. Mais ce miroir a été brisé, piétiné, saccagé. C’est bien parce que ce modèle français est mort qu’on l’exalte. Comme une irrépressible nostalgie. Comme un mythe des origines. La société française refuse de voir l’inéluctable ; espère encore naïvement qu’on peut revenir en arrière, effacer ses tragiques erreurs. C’était mieux avant, on veut – on peut – y retourner, tel est le message subliminal du film, qui emporte l’adhésion populaire. La France déteste l’avenir qu’on lui a imposé, et vénère le passé qu’on lui a arraché. »  

Le pire, c’est que les Français, moutonniers, plébiscitent ce film d’un conformisme en béton qui cartonne au box office : 5, 65 millions d’entrées au bout de trois semaines. En dépit d’une médiocrité scénographique, du jeu stéréotypé des acteurs, des dialogues cuculs et d’effets comiques bas de gamme et téléphonés. On reste sidéré devant l’angélisme gentillet d’une partie du public français. Mais le réalisateur qui oserait faire un film ou un reportage sur la réalité de l’immigration, de la ”diversité ”, carboniserait sa carrière. Et de toutes façons, la censure et tout l’appareil de propagande subtil du système de distribution cinéma/TV grand public a tout verrouillé et veille au grain.  

(1) Le Figaro, 10-11/05/2014

  • Lecteur

    Excellente analyse,
    synthèse percutante,
    rhétorique inattaquable.

  • Anastasia

    La société métissée a été le modèle imposé, développé et matraqué tout au long de ces dernières décennies en Occident.
    Si cette idéologie du métissage n’a guère de prise sur les peuples fortement imprégnés de leur identité, en revanche, chez les occidentaux et plus singulièrement en France le métissage est omniprésent partout: médias, pubs,cinéma,variétés,arts, littérature etc etc…….. le brassage ethnique étant vendu comme le nec plus ultra……..
    Le cinéma a donc pris le relais de la littérature cosmopolite, il suffit de lire ou de relire les visions prophétiques d’un J.Attali ou d’un M.Wieviorka, ou d’un E.Morin ou d’un G.Sorman ou d’un P.Levy ou d’un BHL etc…… sans oublier A.Finkielkraut ( in « L’Humanité perdue »)la liste est longue et le modèle métis est toujours présenté comme l’idéal des nations européennes……et pour les Européens uniquement……
    Il faut d’une manière ou d’une autre amener le spectateur à lui inculquer envers « l’autre » la tolérance…… que cet autre soit immigré, homosexuel, monstre ou même femme à barbe…..
    La mixité dans le cinéma s’est vraiment imposée dans les années 90 : une jeune femme de préférence blonde, blanche et belle présentant son futur mari, sympathique,cultivé, intelligent et bien sûr noir……
    Puis, dans les années 95 le blanc est présenté tel un imbécile, un taré, un raciste , un homo etc….bref, un salaud, ( « La France des salauds ») alors que l’immigré a toutes les qualités dont la première: la gentillesse.
    Qu’un tel film rencontre un tel succès ( plus de 5 millions d’entrées) démontre à quel point ce public est formaté et on ne peut que rester sidéré devant un tel pourrissement des esprits…..C’est bien parce que cette France est profondément déracinée qu’un tel navet peut avoir une certaine audience.En effet, derrière l’idéologie du métissage se cache un mépris forcené pour ne pas dire une haine certaine envers la France des clochers et des terroirs.
    Merci à Guillaume Faye pour cette excellente analyse.

  • Tiocfaidh

    Cher Monsieur
    Je partage en grande partie votre analyse mais il me semble qu’elle laisse de côté une clé explicative du succès de ce film.
    Il s’agit bien entendu d’une apologie du métissage mais je dirais que son originalité (vs les pensums « bien pensants » classiques) vient du fait qu’elle banalise la notion de racisme…et réhabilite la notion d’instinct de territoire que vous avez souvent cité (Cf Ardrey, Lorenz, …). En d’autres termes, le fait que les acteurs reconnaissent que « nous sommes tous un peu racistes » toutes ethnies confondues rompt avec le discours habituel,conformiste et culpabilisant sur le racisme exclusif de l’homme blanc. D’ailleurs une partie de la presse de gauche (Inrocks, le Monde, …) ne cache pas son malaise… Cette « universalisation » du racisme assumé a un caractère (un peu…juste un peu!) transgressif. Après je crois que personne n’est dupe : on est comme vous le dîtes ainsi que Zemmour dans l’apologie du métissage (en tout cas pour les cadres sup…) et de l’immigration choisie (puisque aucun de ces conjoints extra européens n’appartient à un milieu populaire)… Cela étant, le diable lui-même porte pierre et il me semble que cette universalisation assumée du racisme confère à ce film un caractère jubilatoire qui explique en grande partie son succès. Simple hypothèse ?

  • http://yoananda.wordpress.com yoananda

    Il me semble que ceux qui font la promotion du métissage sont souvent ceux qui le pratiquent le moins…
    A partir de la …

  • solinvictus

    Apologie du métissage tout à fait d’accord !

  • Thomas54

    Il faut quand même rappeler que si l’Islam autorise le mariage d’une femme non-musulmane avec un musulman, il n’autorise pas l’inverse (c’est à dire le mariage d’une musulmane avec un non-musulman, sauf si ce dernier accepte de se convertir à l’Islam), tout simplement parce que dans les familles patriarcales du Moyen-Orient, le père (qui détient l’autorité) est plus apte à transmettre sa religion à sa descendance.
    On peut trouver des femmes africaines (non-musulmanes), asiatiques ou juives mariées à des Français catholiques, par contre on trouve très peu de femmes arabes qui le sont.

    Le même phénomène peut s’observer aux Etats-Unis ou en Australie : on trouve beaucoup de femmes anglo-celtiques mariées à des immigrés moyen-orientaux mais rarement l’inverse.