Si le FN prend le pouvoir, qu’est-ce que ça changera ? Les scénarios

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guerreImaginons qu’en 2017, voire même avant en cas d‘effondrement du gouvernement socialiste, le FN parvienne au pouvoir, avec Marine Le Pen à l’Élysée ; et que, dans la foulée, les élections législatives lui donnent une majorité grâce à une alliance entre les députés frontistes et une fraction ”droitière” de l’UMP qui aurait fait sécession après une crise majeure, mais aussi avec des forces venues de la gauche. (cf. autre article de ce blog). Bien qu’improbable –mais on ne sait jamais– cette hypothèse doit être examinée. Trois scénarios : 1) L’échec total. 2) Le demi-succès. 3) Séisme et enclenchement d’un processus révolutionnaire. 

L’échec total

Les conceptions économiques du FN, provenant des mêmes illusions que celles des socialistes archaïques (stratégie de la demande et non pas de l’offre, refus de la rigueur budgétaire, maintien de l’État providence et de l’économie administrée avec 57% du PIB de dépenses publiques, fiscalité et charges écrasantes, fonction publique pléthorique, corporatisme généralisé etc.), le FN au pouvoir applique un programme économique étatiste et dépensier. Il avait critiqué la politique de l’”UMPS” en la qualifiant à tort d’”ultralibérale” alors qu’elle était en réalité collectiviste. La nouvelle majorité mène la même politique et l’aggrave. Le FN n’a pas compris qu’il fallait un choc à la Schroeder  (Agenda 2010) ou à la Cameron pour relancer la croissance et l’emploi. C’est la catastrophe : les mêmes causes produisant les mêmes effets, le chômage continue de croître, les déficits de se creuser, les industries de se délocaliser, les forces vives de fuir à l’étranger, les dettes publiques d’exploser. Les taux d’emprunts sur les marchés ont repassé la barre des 5%.   

Pour tout aggraver, bousculant les règles européennes, se brouillant avec l’Allemagne, inaugurant une crise majeure au sein de l’UE, Marine Le Pen décide une sortie précipitée et improvisée de l’ Euro et le rétablissement d’un néo-Franc. Résultat : les valeurs d’épargne des Français s’effondrent, leurs avoirs aussi, car le néo Franc perd rapidement de sa valeur de change ; l’effet stimulant sur les exportations de la dévalorisation massive du néo-Franc n’a pas lieu : car les importations se sont renchéries, souvent libellées en euros ou en dollars, et que cette dévaluation de fait n’a pas compensé l’absence de compétitivité des entreprises françaises. Sans compter la revalorisation de la charge de la dette, à régler en euros, et le coût pour les entreprises d’une nouvelle comptabilité. C’est la catastrophe.

Le nouveau gouvernement a fait jouer les clauses d’urgence pour sortir provisoirement de l’espace Schengen et rétablir les contrôles aux frontières. Mais, comme tous ses prédécesseurs face à la réalité et avec le même manque de courage, les mesures prises sont timides et sans résultats probants sur les flux migratoires, en dépit d’effets d’annonce et de mesures purement symboliques qui scandalisent pourtant les bien pensants : diminution de l’AME aux clandestins et augmentation des expulsions.

De même, les mesures votées pour détricoter les lois Taubira, pour renforcer la lutte contre la délinquance, pour durcir la ”laïcité” contre l’islam invasif, pour restaurer l’Éducation nationale, pour rétablir le budget de la Défense, etc. s’avèrent insuffisantes. Le gouvernement dominé par le FN (qui a beaucoup peiné à recruter des compétences) a multiplié les reculades, de crainte d’un embrasement, d’un affrontement. Faute d’oser, on ne peut vaincre. Ces demi-mesures sont sans effet. Les émeutes ethniques continuent de plus belle. L’électorat qui a voté pour la nouvelle majorité est déçu et déboussolé.  Rien ne change et tout s’aggrave.  

La nouvelle majorité, dominée par le FN, ne parvient pas à attirer ni à faire émerger un seuil critique de personnels compétents, ni dans le gouvernement, ni dans les cabinets ministériels, ni dans les instances parlementaires. Néophytes et dépassés, paralysés par une administration hostile, les nouveaux dirigeants sont la peine. De plus, au sein de la majorité déchirée, la fronde éclate. Chaque clan a son idéologie : libéraux, néo-gaullistes, socialistes nationaux, nationaux ”canal historique”, etc. Bref, il n’y a plus de majorité, la situation devient ingouvernable. Dix-huit mois après son élection à l’Élysée, Marine Le Pen dissout l’Assemblée nationale.

La proportionnelle partielle ayant été rétablie contre le scrutin majoritaire, la nouvelle Assemblée est un kaléidoscope sans majorité claire. Le Front national lui-même a éclaté entre plusieurs tendances. Face à une situation de type IIIe et IVe République, l’hôtesse de l’Élysée renonce à former un gouvernement ; elle jette l’éponge et démissionne. La victoire du FN de 2017 n’aura été qu’une comète. La France s’est encore enfoncée un peu plus dans les sables mouvants.

Le  demi-succès

 Le nouveau gouvernement a reculé devant son programme de ”sortie de l’Euro” et de rétablissement du Franc, la repoussant aux calendes grecques. Trop compliqué, trop risqué, trop cher. La présidente Le Pen a fini par prendre conscience que cela signifierait le doublement de la dette toujours libellée en Euros mais aussi la dévalorisation dramatique de toutes les épargnes et une crise bancaire ingérable. L’Allemagne et Bruxelles ont dit : chiche, allez-y, on regarde ! La Présidente Le Pen a tenu un double discours : on sortira de l’Euro, mais plus tard. Ce qui a eu pour effet d’attiser la défiance des marchés et des partenaires de la France.

Comme dans le scénario précédent, la politique économique de la nouvelle majorité, faute de rompre avec le social-étatisme, n’est pas parvenue à stopper la récession ni évidemment à faire reculer le chômage. En revanche, d’indéniables résultats ont été engrangés dans d’autres domaines où le gouvernement à tenu bon, en dépit des manifestations, des intimidations des corporations de toute nature : l’immigration de clandestins est à peu près stoppée, du fait de la fermeture des frontières et de l’arrêt de la pompe aspirante des allocations. Les expulsions de sans-papiers, facilitées, se multiplient. La déconstruction des lois Taubira et le durcissement de la politique pénale arrêtent la progression de l’insécurité et de la délinquance, mais sans la faire vraiment reculer. Ou à peine.

Des réformes pour reprendre en mains l’Éducation nationale en pleine déliquescence sont entreprises, avec une énergie pour le moins modérée. Un durcissement de la ”laïcité” est opéré pour essayer de contrer l’islamisation. Marine Le Pen pense qu’il faut y aller progressivement, en douceur, malgré les impatiences. Elle a peur d’un clash, de manifs géantes, d’émeutes ; toutes les forces de gauche et bien d’autres sont vent debout contre elle. De sorte que la ”communication” du gouvernement, le pouvoir symbolique de la parole, est beaucoup plus fort que les résultats réels. 

Néanmoins, cahin-caha, la majorité tient. Jusqu’à quand ? Marine Le Pen, dix-huit mois après son élection, est inquiète : les sondages auprès de la France profonde montrent que sa base électorale s’impatiente. Les résultats sont faiblards et les promesses de retournement de la situation se font attendre. Des chroniqueurs ironiques la comparent à Sarkozy : grande gueule et petit bras. Elle se demande s’il ne faudrait pas changer de braquet, passer de la rupture en paroles à la rupture dans les faits. Ce qui supposerait d’entamer un processus très risqué qu’en sciences politiques on nomme révolution.   

Séisme et enclenchement d’un processus révolutionnaire

À peine élue et, après les législatives, avec sa majorité à l’Assemblée nationale, la Présidente Le Pen estime qu’il faut profiter du très court ”état de grâce” et frapper fort. Elle veut se battre comme une lionne, songeant à la comparaison qu’un journaliste vedette du New York Times a risquée, la comparant à une possible Margareth Thatcher. Elle songe aussi à Jeanne d’Arc…  Ou ça passe, où ça casse, mais il faut oser.

Étonnant tout son entourage qui reste coi, elle lui impose une ligne politique en rupture avec le programme économique du FN. Une bonne communication fera avaler cette rupture. Elle a été convaincue de cette nécessité par de nouveaux conseillers, des visiteurs du soir. Elle organise immédiatement un référendum portant sur la politique générale qui permettra au gouvernement, conformément à la Constitution, de légiférer par ordonnances.

Les propositions, qui brisent tous les tabous, sont les suivantes : sur le plan économique,  retour aux 39h. payées 35, suppression de l’ISF, abolition des seuils sociaux dans les entreprises, révision drastique du statut privilégié de la fonction publique, non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois partant à la retraite, limitation du droit de grève des fonctionnaires et salariés des entreprises publiques protégées, fin des subventions publiques aux syndicats et à la majorité des associations, égalisation de tous les régimes de retraites et abolition des privilèges des régimes spéciaux, suppression de l’impôt direct progressif et instauration d’une flat tax pour tous de 12% (ce qui rapporterait trois fois plus que l’IR actuel), révision et simplification du Code du Travail, unification et liberté contractuelle de tous les contrats de travail, baisse de toutes les taxations sur l’épargne et le capital investi, libéralisation du marché immobilier,  division par deux des charges sociales, alignement des allocations chômage sur  les modèles britanniques et canadiens, etc.

S’enchaînent aussi, dans ce référendum de politique générale, des propositions concernant l’immigration et bien d’autres sujets  : suspension de l’espace Schengen et rétablissement des contrôles aux frontières, abolition du droit du sol et rétablissement du droit du sang,  durcissement des conditions de naturalisation, limitation du droit d’asile aux cas exceptionnels, expulsion massive des immigrés illégaux, suppression rigoureuse de toutes prestations, aides, allocations de toute nature aux étrangers, y compris le droit à la scolarisation gratuite, l’École publique étant strictement réservée aux nationaux ; rétablissement de la double peine, déchéances facilitées de la nationalité ; strict encadrement de l’islam, etc. Étaient proposées aussi des mesures révolutionnaires de rétablissement de l’ordre disciplinaire et sélectif républicain dans l’Éducation nationale et de l’ordre répressif dans la Justice, imposant aux tribunaux une application rigoureuse du Code pénal. L’ensemble du programme proposé ressemblait à un choc thérapeutique.

Curieusement, la sortie de l’Euro n’était plus à l’ordre du jour. Marine Le Pen, revenant à la réalité et suivant l’avis de ses visiteurs du soir, avait repoussé l’hypothèse : ”on verra plus tard”, avait-elle lâché. En revanche, le référendum – qui modifiait la Constitution – proposait des mesures de désobéissance, au cas par cas, aux directives de la Commission européenne et aux jugements des diverses Cours européennes. En rétablissant la prévalence de la souveraineté nationale en cas de conflit avec le droit européen.  

La gauche, la droite molle, le centre, l’intelligentsia, les corporations syndicales, les associations, les lobbies, 80% des médias, les milieux eurocrates crient à la dictature, à l’annonce du référendum. Hurlements et manifestations dans le vide : le ”oui ” l’emporte à 55%. Tous sonnés. Le succès du référendum avait agi comme une douche froide, laissant au gouvernement toute latitude. Il s’est référé, comme axe central de propagande, à la Révolution française, à l’égalité, à la liberté, à l’abolition des privilèges, à la primauté de la Nation. Difficilement contestable. Bernard Henry Lévy, qui explique partout que le résultat du référendum n’est pas valable, car il est ”populiste”, ”césariste” et non pas ”démocratique”, se couvre de ridicule, à part à Saint Germain des Prés.

C’est un séisme. L’Europe retient son souffle : l’application d’un tel programme révolutionnaire ne va-t-il pas provoquer le chaos ? Tous sont sonnés. Tout de suite, avant même l’entrée en vigueur des ordonnances d’application de la volonté du peuple, on remarque un mouvement de départ spontané de milliers de clandestins et le tarissement immédiat des entrées illégales comme des demandes d’asile.  

Dans un premier temps, le choc fut rude face à ce remède de cheval. Pendant un an, l’effondrement de l’assistanat provoqua évidemment une paupérisation, parfois dramatique. Mais la situation se rétablit grâce à la libéralisation et à la fin du collectivisme : afflux de capitaux, redémarrage des investissements et des exportations et, enfin, chose inouïe depuis plus de trente ans, recul significatif du chômage. Les manifestations de rues ont été très limitées, comme les grèves de protestation. Face à un pouvoir fort et déterminé, les Français restent chez eux ou vont au travail ; seul un pouvoir faible les excite, comme l’histoire l’a cent fois démontré.

De plus, les courbes de la criminalité et de la délinquance basculent vers le bas ; on note partout une nette diminution de la présence étrangère. La colonisation de peuplement semble enrayée, voire en recul. L’islam institutionnel fait profil bas. Les choses semblent bien parties. Le gouvernement est décidé à poursuivre et à aller encore plus loin. Mais il sait qu’il va devoir affronter une contre offensive, venue de partout à la fois… Comme la guerre, la révolution ne se gagne pas en un coup de dé, mais c’est un long combat.  

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