Une Corse indépendante ? Chiche !

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C’est un événement fort qu’a fait oublier le score impressionnant du FN aux dernières élections régionales sur le continent : pour la première fois depuis son annexion à la France en 1769 (achetée aux Génois) la Corse sera dirigée par les nationalistes indépendantistes. M. Gilles Simeoni est à la tête de l’exécutif et M. Jean-Guy Talamoni préside l’Assemblée de Corse. Les listes Pè a Corsica ont obtenu 35, 34% des voix. Une grave crise est-elle à prévoir, un bras de fer avec l’État français ? Ou assistons-nous à une comédie ?  

La Corse sortirait de l’Union européenne

En théorie, comme pour l’Écosse, la Catalogne, l’Euzkadi basque ou la Flandre, une indépendance juridique totale de la Corse lui permettrait certes d’entrer à l’ONU (ce qui ne sert strictement à rien) mais l’exclurait de fait de l‘Union européenne et…lui interdirait aussi de conserver l’euro – elle devrait créer sa propre monnaie ! En effet, tout nouveau pays (et donc une Écosse, une Flandre, une Catalogne ou une Corse séparées de leurs pays respectifs) doit obtenir l’accord unanime des membres de l’UE pour adhérer. Une Corse indépendante qui serait obligée de réadhérer à l’UE se heurterait aux vetos de l’Espagne, de la Belgique, de la France et du Royaume Uni. Voire d’autres pays de l’Union qui ont des minorités nationales agitées. Problème…On pourrait s’arranger mais ça prendrait du temps et ce serait très cher. Un hypothétique futur ”État corse” serait empêtré dans des négociations insolubles.

Nous verrons plus bas qu’une indépendance de la Corse par rapport à la République française au regard du droit international est théoriquement possible mais juridiquement difficile et économiquement très problématique. D’autres solutions sont possibles.

La contradiction des nationalistes corses sur l’ethnicité

La Corse cultive une identité ethnique, fière d’elle-même mais complètement contraire à l’idéologie dominante – ce dont personne ne parle.  L’idéologie implicite des nationalistes corses  se réfère à la notion de ”peuple corse”, au sens ethnique, incompatible avec l’universalisme français républicain de gauche ”multiracial” et ”multiculturel ”, selon la nouvelle idéologie utopique de la diversité. Cette affirmation identitaire corse est très positive, cependant elle se heurte non seulement à l’idéologie cosmopolite officielle de la ”république” actuelle qui, pourtant, a validé juridiquement – par entorse à ses propres principes– la notion de ”peuple corse”, mais elle entre en contradiction avec les programmes des nationalistes et des indépendantistes eux-mêmes.

En effet, ces brillants défenseurs du « peuple corse » sont assez silencieux (silence politiquement correct) sur la présence sur leur île d’une minorité immigrée  nord-africaine musulmane de plus en plus nombreuse et à la natalité bien supérieure à celle des Corses.         Le nationalisme et l’indépendantisme corses restent dans le moule de l’idéologie dominante et le soupçon de simulacre pèse sur eux. Savent-ils que la natalité des Corses de souche ne permet aucun renouvellement de population et, qu’à terme, démographiquement, le fameux ”peuple corse” ne sera plus qu’un souvenir dans trois générations ? Remplacé par une population arabo-musulmane… Pas assez de naissances, plus de peuple. Les enfants ne naissent pas dans les choux-fleurs. 

Les Corses nationalistes et indépendantistes (comme les Catalans,  Basques ou Écossais) concentrent leurs critiques contre l’État central, français, espagnol ou britannique. Fort bien, d’accord. Mais jamais ils ne disent un mot sur la colonisation migratoire qui est le fait majeur, visible. Au contraire, ils semblent d’accord. On croit rêver. Car enfin, la Corse est particulièrement touchée par l’immigration maghrébine musulmane. Certes, du fait de la persistance d’un particularisme corse d’autodéfense, la criminalité immigrée et beaucoup d’autres problèmes bien connus sont contenus, contrairement au continent. Mais ça ne durera pas. 

Bref, les nationalistes et indépendantistes corses sont aussi mauvais que les médecins de Molière. Leur raisonnement est à contresens : ils reprochent à l’État français d’exploiter économiquement la Corse alors même qu’il la subventionne. Mais ils ne reprochent pas à la ”République” l’essentiel, à savoir qu’elle leur impose l’immigration de masse et leur interdit de s’en protéger ! Drôles de ”nationalistes”… 

T’as la monnaie, Talamoni ?

 Le discours inaugural de M. Talamoni, prononcé en langue corse devant l’Assemblée de Corse a choqué les défenseurs du « Français, langue constitutionnelle de la République ». Le problème n’est pas là, on se limite au symbolique et à l’émotif. D’ailleurs combien de Corses maîtrisent la langue corse – surtout à l’écrit – et l’utilisent ? Le problème de l’indépendance corse est économique et financier. Séparée de la France et de l’UE, une Corse indépendante ne bénéficierait plus automatiquement des aides, exemptions fiscales, transferts redistributifs, régimes spéciaux privilégiés dans tous les domaines, etc. de l’État français ou de Bruxelles. Il faudrait les mendier, tenter de les arracher. Sans forcément les obtenir.  Le scénario serait très difficile à jouer.

Contrairement à l’Écosse, la Flandre ou la Catalogne, qui sont des régions riches avec un fort tissu industriel et technologique, la Corse, insulaire, peu peuplée, ne possède pas de puissance économique sérieuse. L’indépendance corse n’est pas viable économiquement. Pis : une Corse indépendante juridiquement et politiquement perdrait immédiatement cette indépendance dans les faits, ce serait un simulacre, un marché de dupes. 

Un pays ne peut pas être indépendant au dessous d’une certaine taille critique, démographique et économique. La Corse ne possède pas cette dernière, ni en terme de population ni de PIB. Son indépendance serait un objet juridique formel mais non pas pratique. La Corse n’est pas Singapour. Un ”petit peuple” ne peut jamais être indépendant, sauf de manière folklorique ; tout simplement parce qu’il ne peut pas, seul, assurer sa défense ni sa logistique économique ni son autonomie de ressources fiscales internes, ni l’équilibre de sa balance des paiements. Pour parler autrement, ce qu’ont bien compris les Antillais, les Guyanais, les Calédoniens, les Tahitiens, dans certains cas l’indépendance peut s’avérer économiquement catastrophique sans procurer aucune souveraineté réelle.     

Impossibilité pratique de l’indépendantisme corse

Une des erreurs économiques majeures du programme des nationalistes et indépendantistes est l’interdiction de l’accès à la propriété pour les non-résidents – villas de villégiatures, investissements immobiliers, etc. En dépit des bonnes raisons avancées (réappropriation du terroir par les Corses, lutte contre la spéculation immobilière qui fait monter les prix, etc.), les inconvénients seraient désastreux : manque à gagner fiscal, dépression du secteur de la construction, baisse de la fréquentation touristique.

Le gouvernement d’une Corse indépendante devrait assumer des charges régaliennes (défense, police, justice), d’Éducation nationale, d’infrastructures, de santé, de sécurité sociale, de fonction publique, qui sont actuellement presque entièrement supportées par la France continentale. Privée de cette manne et des aides de Bruxelles (puisque la Corse ne serait plus membre de l’UE), l’administration corse serait rigoureusement incapable de prélever les recettes fiscales nécessaires. Pour tout arranger, la Corse indépendante devrait créer et battre sa propre monnaie, puisqu’elle devrait abandonner l’euro : même créer une ”monnaie de singe” qui serait inconvertible partout et qui ruinerait les épargnants serait une mission impossible.

Bref, une Corse indépendante serait en moins de deux ou trois ans un petit pays ruiné, dans une situation proche de celle d’Haïti. Inévitablement, le chaos et la violence s’installeraient, voire une guerre civile insulaire, aggravée par la présence en Corse d’immigrés en grand nombre. On assisterait à deux phénomènes : une fuite migratoire de populations corses vers le continent et un recours par le gouvernement indépendantiste à la mendicité et à l’appel à l’aide auprès de la ” communauté internationale”. Donc à la fin de l’indépendance…

L’indépendance corse supposerait aussi constitutionnellement un référendum dans l’ensemble de la République française et un référendum en Corse même pour une séparation d’avec la France. Les chances d’une double approbation sont minces. D’autre part, la nationalité corse serait-elle accordée aux Corses résidant dans l’Hexagone et ailleurs ? Sur quels critères ? Ce serait un vrai casse-tête juridique. 

Si j’étais nationaliste corse…

Les nationalistes et indépendantistes corses sont des romantiques et des politiciens, peu crédibles en matière économique. Il faut aussi malheureusement noter que, pour une majorité de Français, affrontés aux questions majeures du chômage, de l’immigration incontrôlée, de l’islamisation, du terrorisme islamique, la question corse est secondaire. Si la Corse devenait indépendante, cela pourrait laisser une majorité de Français totalement indifférents. Raymond Barre avait d’ailleurs déclaré, par une provocation stupide, qu’il souhaitait, pour des raisons budgétaires, l’indépendance de la Corse.

 Bien sûr, on peut toujours imaginer une Europe fédérale des Régions, une sorte de projection des USA (États–Unis d’Europe). Mais, même dans cette sympathique hypothèse, la Corse n’aurait pas la musculature suffisante (géographique, démographique et économique) pour être une région à part entière. Elle devrait évidemment se joindre à la région voisine (PACA). La Corse seule, pas plus peuplée que le XVe arrondissement de Paris, est trop maigre pour former un véritable État, même dans un virtuel ensemble fédéral européen.    

 Il est à craindre que le discours des indépendantistes et nationalistes corses soit un enfumage politicien. Ils veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils cherchent, non pas l’indépendance, mais en fait un statut d’autonomie renforcée, par exemple sur le modèle de la Nouvelle Calédonie, tout en conservant tous les financements, les aides, les exemptions, les transferts, les subventions en provenance de Paris et de Bruxelles. Ce qui leur permettrait de s’instituer en potentats locaux, super clientélistes prétendant évidemment combattre le clientélisme.   

MM. Talamoni et Simeoni ont adopté une rhétorique pseudo-révolutionnaire et démagogique sur le registre ”la Corse occupée par la France”, auquel ils ne croient pas eux-mêmes une seconde. Le slogan, inspiré du vieux gauchisme des années 70, « libérez nos prisonniers politiques » est pitoyable. Colonna n’est pas un prisonnier politique, c’est un condamné pour assassinat – celui du préfet Érignac. On essaie de donner à ces piètres personnages un statut moral se rapprochant des anciens combattants résistants de la Seconde guerre mondiale. Pathétique.

Bien entendu, il faut un respect absolu de la culture et de la langue corse et de toutes les traditions corses. Comme de toutes les traditions des peuples européens. Mais qui les menace ? Qui interdit d’apprendre le corse, le breton, l’alsacien ? En revanche, si la langue corse est rendue obligatoire dans l’administration insulaire, les premières victimes seront les Corses eux-mêmes.

Si j’étais nationaliste corse, dans le cadre d’une autonomie renforcée, d’un statut spécial de l’île, j’exigerais de l’État français une dérogation juridique totale, pour la Corse, aux lois et aux pratiques de la République en matière d’immigration et du droit des étrangers  : 1) abolition du regroupement familial ; 2) abolition du statut de réfugié et de demandeur d’asile ; 3) suppression de toutes les aides et allocations sociales, familiales, médicales, de chômage, de logement, scolaires, etc. aux étrangers résidant en Corse (fermer la pompe aspirante ). La liste serait encore plus longue. Les élus et dirigeants ”nationalistes” corses n’oseront jamais défendre de telles propositions qui, seules permettraient de préserver leur petite ïle d’une submersion démographique ethnique qui a déjà commencé. Tout simplement parce que ce ne sont pas de vrais nationalistes corses ; plutôt des politiciens (political business), pour qui la notion centrale de ”peuple” n’est pas une conviction charnelle mais un slogan publicitaire.

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