Chômage français : les vraies raisons du mal

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En dépit de la fameuse ”crise”, qui a bon dos, la France est le pays développé où le chômage – sous ses trois formes principales : chômage total de moyenne et longue durée, absence d’emploi déclaré et travail précaire et partiel – est structurellement le plus fort. Et ce, depuis trente ans au moins. Les causes sont structurelles et tiennent au ”modèle français” indécrottable autant qu’à la conjoncture. (1) Voici, de manière simplifiée et pédagogique, les causes du sous-emploi endémique français. Elles peuvent se résumer en une seule cause surplombante : une économie socialisée au sein d’un écosystème européen et international libre-échangiste qui pénalise le secteur marchand créateur d’emplois et de richesses. (2)

 A) La première racine du chômage est le non recrutement ou les licenciements par le tissu économique privé. Ce dernier, surtout les PME et TPE, est le principal employeur. Pourquoi licencie-t-il et ne parvient-il pas à créer des emplois ?

1) Parce que les charges sociales et la fiscalité sont trop lourdes et trop changeantes. Elles obèrent les prix (domestiques et à l’export) donc assèchent les carnets de commande et interdisent une rentabilité et des marges brutes suffisantes pour l’investissement et l’innovation.

2) Parce que le Code du Travail, socialiste donc anti-social, est trop rigide et trop complexe (contraintes administratives innombrables, effets de seuil, etc.) pour permettre aux entreprises de recruter normalement.

3) Parce que les grandes et moyennes entreprises, françaises ou étrangères, qui font des plans sociaux, qui délocalisent, qui désindustrialisent ne procèdent pas ainsi par ”licenciements boursiers” ou avidité de profit, mais parce que les coûts de production sont trop élevés pour se maintenir sur le marché et conserver un volume de clientèle viable (3). De toutes façons l’entreprise, même ”sauvée” ou nationalisée, fermerait, faute de clients !

3) Parce que les syndicats et les réglementations socialistes du travail, loin de défendre les ”travailleurs”, les mettent au chômage en plombant les entreprises. Selon l’idéologie marxisante de la lutte de classes et de l’exploitation, ils mettent en péril les emplois privés avec cynisme, leur seul objectif corporatiste étant la défense du secteur protégé privilégié. Exemples : les 35 heures, l’interdiction du travail dominical, les professions protégées et les obstacles à la concurrence, l’interdiction de travailler moins de 20 h., la rigidité du système de licenciement, l‘absurdité d’un salaire minimum beaucoup trop élevé, le refus d’un ajustement salarial ou d’un temps de travail supplémentaire. On exige que le salarié soit embauché à un niveau de rémunération réglementaire alors que l’entreprise ne le peut pas. On préfère donc qu’il reste sans emploi et assisté plutôt que travaillant hors des règles ”sociales”. On préfère que le salarié soit licencié plutôt que maintenu à son poste en travaillant plus. Au nom de la ”justice sociale”. Ubu roi. (4)

 Cette préférence française pour le chômage relève d’un cercle vicieux : on entretient les chômeurs mais, ce faisant, on dissuade les entreprises d’embaucher et on les oblige à licencier, puisqu’elles supportent la charge des allocations de chômage qui plombent leur bilan. Peu importe que le niveau de vie baisse, puisque le modèle idéologique est préservé.

B). La seconde racine du chômage structurel en France se situe aussi, outre l’offre d’emploi (les entreprises), du côté de la demande de travail. Or, dans ce domaine, le marché du travail n’offre pas ce que les entreprises recherchent. Pourquoi ?

1) Parce que la trop forte indemnisation du chômage en France, la plus généreuse au monde, dissuade nombre de postulants de rechercher sérieusement et rapidement un emploi. Effet psychologique classique.

2) Parce que le niveau beaucoup trop élevé des prestations sociales, souvent indues, permet le développement d’une culture parasitaire qui dispense de s’intégrer dans le marché légal du travail.

3) Parce que les entreprises peinent à trouver des compétences : dégradation du niveau de l’Éducation nationale, très mauvaise politique de formation professionnelle fondée sur une culture crypto-marxiste et petite bourgeoise de dévalorisation de l’apprentissage. Il y a aussi d’autres causes, liées notamment à l’immigration de masse, totalement occultées par la frilosité et les interdits idéologiques et moraux. Le marché du travail ne fournit pas assez de jeunes capables de s’insérer dans un tissu économique performant. Et la fuite des cerveaux off shore (100.000 Français à Londres, 50.000 ingénieurs français dans la Silicon Valley de San Francisco) aggrave ce phénomène.  

C). La troisième racine du chômage et de l’anémie économique est culturelle. Cette culture hypocrite n’est pas partagée par l’ensemble de la population, loin s’en faut,  mais par un nombre suffisamment élevé de gens pour gripper le dynamisme économique. Pourquoi ?

1) Parce que le modèle du fonctionnaire (non pas ”étatique” au bon sens du terme, mais ”administratif”) prévaut sur celui de l’entrepreneur qui risque. Concrètement, un jeune entrepreneur qui veut monter sa société, s’enrichir par son travail (quelle horreur !), recruter, sera applaudi par Mme Fleur Pellerin, bien consciente des problèmes, très sympathique mais sans pouvoir, et pourtant il devra subir un parcours du combattant. Non pas contre ses concurrents mais contre l’Urssaf, les Assedic, le fisc, bref l’État français, qui entrave son activité au lieu de l’aider. Il n’aura droit qu’à un régime social discriminant et hors de prix. Il paiera pour les autres, les protégés et les assistés, comme tous les petits entrepreneurs qui se lancent. Il finira par aller voir ailleurs, il recrutera hors de France.   

2) Parce que le rapport psychologique à l’argent est schizophrénique. Mythes repoussoirs du ”patron” et de la ”finance”, passions égalitaristes, ressentiments passionnels. Culture économique très pauvre, idéologique et pseudo-morale. (5) Poids de la vulgate marxiste (bien plus forte qu’en Russie ou en Chine) qui pénètre les corporations syndicales intouchables et les élus démagogues. Tout cela crée une atmosphère qui donne de la France l’image de la patrie de l’anti-business. Or, je suis désolé, mais, depuis l’Antiquité, c’est bien le business qui génère l’activité économique, le progrès technique et le travail pour tous. La cause, essentiellement psychologique, a été très bien expliquée par Marx (l’économiste le plus antimarxiste que j’ai jamais lu) dans la première partie de Das Kapital.    

3) Parce que le culte de l’impôt, solution systématique qui décourage les initiatives, est ancré en France plus que partout ailleurs. Cette sacralisation du fisc ne date pas de la Révolution mais de la royauté. C’est un vrai fléau qui, de plus, est très nuisible aux recettes fiscales. Cela provient d’une vision arithmétique (quantitative) et non pas mathématique (qualitative) de l’économie. (6) 

4) Parce que l’idée de la création autoritaire et administrative  d’emplois domine alors que c’est une très lourde erreur. La doctrine selon laquelle il faut des fonds d’État d’investissement , des comités Théodule innombrables (clientélisme), des injonctions préfectorales, des discours électoraux, des emplois aidés, des règlements, une bureaucratie  tortueuse (Pôle Emploi) est à la fois erronée et très ancrée dans l’imaginaire politique français. L’autoritarisme administratif, pseudo volontarisme, est inefficace. L’État ne doit pas créer des emplois. Ce n’est pas son métier principal. Il doit laisser agir ceux qui savent faire et ne pas les inonder et les paralyser.  (7)      

5) Parce que l’idée de liberté, quoiqu’inscrite au fronton de la République, est très mal vécue en France. On suit une vision perverse de la liberté : liberté ”sociétale”, oui (mariage pour tous, laxisme judiciaire, immigrationnisme débridé, etc.). Liberté d’expression : oui mais…à condition que ça n’enfreigne pas l’idéologie dominante. Liberté d’entreprendre : non. La réglementation ”sociale” ou autre, en inflation délirante, tout comme les contraintes fiscales très inventives, entravent la dynamique de la société ; c’est–à–dire de la démocratie, au sens où l’entendait Aristote, la libre activité de citoyens responsables et unis qui créent de la richesse collective par le travail et par l’effort, encouragés par un État qui se concentre sur son métier.  

 On va me dire que je suis « libéral », injure suprême en France, patrie de l’inculture économique des intellectuels. Ce concept ne veut pas dire grand-chose. En économie, je me réfère aux principes de Josef Schumpeter, de Maurice Allais et de François Perroux. Ni libéraux, ni anti libéraux : partisans de l’efficacité.

NOTES

(1) Gauche et droite confondues. La droite politique n’a jamais pu se dégager (sauf dans ses programmes quand elle est dans l’opposition) des paradigmes idéologiques de la gauche. Le chômage ” officiel” (inscrits à Pôle Emploi) touche 11% de la population active, contre 7,1% en Grande Bretagne. De 2007 à 2013, le nombre de chômeurs officiels est passé de 1,9 millions à 3,3 millions (+70%) et les chômeurs de longue durée de 500.000 à 2 millions.   

(2) La solution du FN, qui semble suivre les dogmes de l’État-Providence et prône une sorte d’autarcie française, manque de pertinence. Même dans le cadre d’une semi-autarcie européenne et d’un rejet du libre-échangisme mondial – cadre qui était celui de Maurice Allais et que je partage totalement – le système français socio-étatiste actuel n’est pas viable.

(3) Observons l’inconséquence de M. Montebourg : il veut sauver des entreprises qui licencient, ferment des sites et délocalisent, y compris en les nationalisant ou en jonglant avec des stratégies tordues de ”reprise” ou avec ses « 34 plans de la Nouvelle France industrielle », sur fonds publics à la soviétique, selon un artifice économique. Il n’a pas compris que ces entreprises, même maintenues artificiellement en France, ne pourraient pas vendre leurs produits, trop chers sur le marché, du fait de coûts de production trop élevés. On maintient l’usine d’Aulnay de PSA ?  OK. Mais les voitures, invendues, s’entassent sur le parking. Trop chères face aux Audi de meilleure qualité. Qui va les acheter ? L’administration française ? Il en va de même pour toute la stratégie du ministre du ”Redressement productif” : un raisonnement d’apparatchik, qui vit dans sa bulle idéologique. Il suffirait simplement de baisser les charges, de flexibiliser les salaires, d’augmenter le temps de travail pour maintenir les emplois, éviter les délocalisations et réindustrialiser.

(4) Au nom de la ”justice sociale”, on préfère qu’un travailleur perde son emploi plutôt qu’il le conserve en dehors des règles rigides du socialisme. Donc qu’il s’appauvrisse, mais selon la réglementation. Cela fait penser aux médecins de Molière qui préféraient qu’on meure dans les règles plutôt que d’être guéri selon les soins non autorisés par la Faculté.  En France, on préfère le chômeur pauvre et déclassé à la flexibilité du travail et du salaire (Allemagne). Seuls s’en tirent les privilégiés des secteurs protégés (fonctions publiques et entreprises semi-étatisées).  

(5) Le fantasme sur les riches, ” tous des salauds”, mentalité à la fois moralement hypocrite et économiquement catastrophique. Car c’est le vol qui est condamnable, pas l’enrichissement, toujours créateur d’investissements. Le riche fait travailler par cet investissement, même spéculatif, et sa consommation. Le fonctionnaire assoupi ne fera jamais travailler personne, au contraire, il prélève.

(6) On touche là le fond de la stupidité économique : l’ISF, les taxations sur les cessions de start-up, les taxes sur le revenu du capital (les plus fortes au monde et qui touchent toutes les catégories y compris les petits épargnants), l’impôt sur le revenu à faible assiette et à taux maximum beaucoup trop élevé, etc. , tout cela décourage l’investissement productif (des étrangers ou des résidents) et sa recherche légitime de profit et donc, au final, la création d’emplois. Restent évidemment les ”emplois aidés”, risée du monde entier. 

(7) Bien sûr, l’État doit intervenir dans l’économie, mais de manière politique et non pas économique.  Contrairement à une vieille idée reçue qui voudrait que les USA fussent soumis au ”libéralisme” (vaste blague), l’État fédéral US intervient massivement dans l’économie nationale, non pas pour taxer et entraver les entreprises, mais pour leur servir de propulseur (booster). De quatre manières : a) commandes publiques préférentielles déterminantes (notamment du Pentagone et du complexe militaro-industriel, une des clé du financement des géants de l’économie numérique américaine) ; b) absence d’entraves législatives et administratives au développement et à l’investissement (exemple : l’exploitation des ressources en gaz de schiste) ; c) la souveraineté de la politique monétaire, grâce à la FRB, instrument du nationalisme américain ; d) la fixation politique de grands objectifs nationaux mobilisateurs (le spatial, la suprématie militaire et numérique, l’indépendance énergétique, etc.) Cette conception ”américaine” de l’intervention de l’État était défendue par Jacques Rueff et François Perroux et elle a été appliquée par un certain Charles de Gaulle. Il s’agit de l’ « économie souveraine » ou « économie organique ». Rien à voir avec les petits pieds actuels du social-étatisme, créateurs de chômage et, au fond, héritiers d’un mélange indigeste de IIIe République et de marxisme soixante-huitard.

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