Programme économique du FN: tout faux

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socialisme otage argent volVoici la première partie de cet article. La seconde sera publiée la semaine prochaine sous le titre : « Programme économique du FN : réfutations et contre-propositions »

Les positions économiques du Front National ont subi un virage à 180° depuis que Marine Le Pen a succédé à son père. Globalement, on est passé des reaganomics, choix ultra-libéral (critiquable par ailleurs) à un programme encore plus socialo-étatiste que celui du PS. On tombe de Charybde en Scylla. L’inconvénient du programme économique du FN, c’est que si ce parti parvient au pouvoir et qu’il l’applique, ce sera un échec retentissant, ce sera son tombeau. Ce qui est triste à constater quand on a une grande sympathie pour d’autres points du discours du FN. Ce propos se veut une critique positive et non pas hostile.

Un diagnostic économique complètement erroné

Prétendre que nous sommes dans un régime économique ”ultralibéral”, c’est comme asserter qu’un hippopotame est un zèbre. Marine Le Pen et les dirigeants du FN commettent l’incroyable erreur d ‘analyse consistant à croire que la France vit sous un régime économique ” ultalibéral” qui la plomberait, alors que c’est rigoureusement l’inverse. La France vit sous un régime économique socialo-étatiste en permanente aggravation depuis les années 80, ce qui est la source directe de notre enfoncement économique. Et ”Bruxelles” n’y est pour rien.

Quand Marine Le Pen asserte : « le danger n’est plus l’excès de socialisme mais celui du libre-échangisme libéral », elle méconnaît complètement la réalité. Car le danger est celui de l’excès de socialisme français dans un environnement planétaire libéral et libre-échangiste. On ne pourra pas le changer, cet environnement. Il faut s’y adapter et s’y battre.

L’imputation de tous les crimes à l’Union européenne ne correspond pas à la réalité, quels que soient les énormes défauts d’une UE qui doit être réformée de fond en comble. La cause principale du déclin économique de la France ne tient ni à l’Euro ni aux injonctions de Bruxelles, mais à une cause nationale : un modèle français sclérosé. Marine Le Pen estime que la dénonciation du poids de la dépense publique « correspond à une vision des années 80 ». Comme si les solutions économiques variaient selon les décennies…En fait, elle se rallie platement au dogme du laxisme budgétaire, de l’étatisme dépensier et à l’opposition à toute lutte contre l’austérité, ce mot-valise. Comme elle l’a d’ailleurs avoué (interviews au Figaro au JDD) elle se rallie aussi aux  constats de l’extrême-gauche et de Mélenchon ; c’est-à-dire à une analyse étatiste (au mauvais sens du terme) et crypto-marxiste de l’économie, complètement inefficiente.

Elle a parfaitement raison de pointer le coût énorme de l’immigration, en oubliant de préciser que ce n’est pas la seule cause – loin s’en faut – de la faillite de l’État Providence et de l’anémie de l’économie française. C’est le système socialo-étatiste français lui-même qui est en cause ; ce système que le FN se garde bien de remettre en cause ; ce système qui a été construit par la droite comme par la gauche.  En ce sens, le FN, loin d’être un parti de rupture sur le plan socio-économique, est dans la droite ligne de cet ”UMPS”  dénoncé par ailleurs…en paroles.  

La langue de bois de Florian Philippot 

Florian Philippot, vice-président du Front National, expliquant dans Le Figaro (14. 11/2014) le programme économique du FN, déclare en début d’article : « une politique économique doit être guidée par le pragmatisme et non l’idéologie. L’idéologie est l’ennemie de la réussite économique. On l’a vu hier avec le communisme, on le voit aujourd’hui avec le mondialisme ». Très bien, sauf que le mondialisme n’est pas une idéologie mais un fait qui s’appelle d’ailleurs ”mondialisation” ou ”globalisation”. On peut la corriger, s’y adapter mais non pas l’abolir. Tout le reste de son article est de la langue de bois idéologique, animée par de bons sentiments et de séduisantes formules dépourvues de tout pragmatisme. En réalité, le programme économique du FN est non seulement très idéologique mais très daté, peu pragmatique et sans aucune originalité. Il s’apparente à des solutions idéologiques néo-marxistes et péronistes ou plus banalement socialo-étatistes, très proches de ce que nous avons connu depuis 40ans. Du Montebourg, plus du Mélenchon.  

Sur le plan des principes et des grands mots, le programme économique du FN tel qu’il est présenté par Florian Philippot  peut séduire parce qu’il a recours aux formules sympathiques mais abstraites d’une langue de bois assez usée : « patriotisme économique », ou « État stratège assurant aux acteurs économiques un environnement propice à l’investissement et à l’innovation », ou bien « liberté pour les entrepreneurs, sécurité fiscale, soutien aux créateurs d’idées et d’emplois : nos artisans, nos PME, nos PMI, nos jeunes qui ont l’audace et le courage de faire le pari de la création d’entreprise », ou encore « une fiscalité plus juste et un système bancaire au service de l’économie et non l’inverse ». Continuons : « retrouver le chemin d’une compétitivité et d’un développement durables » ou  stimuler « une soif d’entreprendre et le goût de la liberté ». 

Tout cela est formidable. Le problème, c’est que ces grands principes théoriques sont contredits par le programme pratique du FN tel que nous l’analyserons dans la seconde partie de cet article.  Des principes schumpteriens  et …libéraux,  appliqués par un programme archéo-keynésien encombré de dogmes idéologiques désuets, socialo-étatistes voire marxistes. Le programme économique du FN, aux relents nationaux-technocratiques, nage dans le flou.   

L’État n’a pas à ”soutenir” les entreprises ni à les orienter, mais à les laisser tranquilles, à ne pas les entraver administrativement ni à les taxer. Elles font mieux le job que lui et, de plus, ce sont les entreprises et le secteur des salariés privés qui financent l’État et son appareil, souvent plus parasitaire que protecteur.

Un programme conservateur et passéiste

Le programme économique du FN souffre à la fois de tentative de séduction électorale et d’amateurisme technique. Mais il est difficile de savoir s’il s’agit d’un calcul cynique ou d’une ignorance sincère. Je pencherais pour la seconde hypothèse.

Les ” économistes” du FN  connaissent mal le fonctionnement de l’économie réelle, autant dans le domaine micro-économique (l’entreprise) que dans la macro-économie : l’écosystème général de la production et des échanges. Le programme du FN est toujours drogué à la taxation et à l’impôt, maladie française. On modifie les assiettes, on change les taux, on bidouille les niches et les exemptions, mais rien ne change : on ankylose la créativité. C’est l’idéologie de l’État percepteur. Le seul point positif du programme du FN, c’est la prise de conscience du coût plombant et énorme de l’immigration. Sa faiblesse centrale est sa méconnaissance des mécanismes monétaires et financiers qui sont le ”sang” de l’activité économique. On est en face de l’utopie, alimentée par l’idéologie, empruntée à la gauche.

Marine Le Pen a beau jeu de critiquer l’ « UMPS » : sur le plan socio-économique, elle ne propose aucune vraie rupture avec la politique suivie par les gouvernements de droite et de gauche depuis plus de 30 ans. Le programme socio-économique du FN n’a rien de réformateur ni, a fortiori, de révolutionnaire (ce qu’il devrait être).  Il est timide et ne constitue en rien une rupture. À part quelques mesures irréalisables en l’état et qui sont des effets d’annonce,  comme la sortie de l’Euro et le rétablissement du Franc, ou une vague autarcie française née d’une lecture incomprise de Maurice Allais, il n’y a aucun démarquage par rapport à l’étatisme d’assistanat, au corporatisme, au fiscalisme, à la drogue de l’État providence…. 90.000 Français désertent chaque année. Quelles sont les solutions du FN pour empêcher cette hémorragie ? Encore plus d’étatisme. Comme guérir un malade de la cirrhose avec du whisky ? 

De même, le programme du FN ne s’attaque pas aux tabous des 35h, de l’ISF, de la taxation à 75%, du Code du travail paralysant, des privilèges corporatistes des syndicats et de la Fonction publique, etc., ces exceptions françaises qui sidèrent le monde entier. Dans tous les domaines économiques et sociaux, le FN  s’accroche à un vieux modèle socialo-étatiste, sans faire preuve de créativité, de pragmatisme et d’imagination. 

Un programme qui peut être suicidaire

Le FN a le vent en poupe. Beaucoup de journalistes du système s’inquiètent et se demandent si Marine Le Pen ne pourra pas devenir présidente avec une Assemblée acquise au Front National.  C’est peu probable mais possible mais, si c’était le cas, le programme économique du FN amènerait à une catastrophe. Quoi qu’il en soit,  aucune majorité de ”droite ralliée” à un groupe FN à l’Assemblée n’accepterait de l’appliquer.

 La légèreté de Marine Le Pen face au problème de l’endettement et des déficits publics est sévèrement contredite par les sentiments des Français. Un récent sondage de la Banque de France sur ”les Français et l’économie” montre que 80 % d’entre eux sont « inquiets de la hausse des déficits des finances publiques et de la dette publique de la France » ; et pour 56 % d’entre eux, le premier motif d’inquiétude est « la situation de l’État et des finances publiques ».

Un récent sondage Odoxa passé inaperçu effectué le 8 novembre pour i Télé révèle que « seule Marine Le Pen ne ferait pas mieux que François Hollande en tant que Président de la République ».  Elle est comparée à Juppé, Valls et Sarkozy qui, selon les sondés, feraient tous mieux qu’elle. Ce qui signifie que les électeurs n’accordent aucun sérieux au programme économique du FN, sur la même ligne que celui de la gauche, et ne votent pas du tout pour lui pour cette raison.  Le FN n’a pas compris que les Français finissent par prendre conscience que le socialo-étatisme de l’État Providence est devenu une catastrophe.

Si, par extraordinaire, le FN arrivait aux affaires après une élection de Marine Le Pen, et s’il appliquait son programme économique, ce dernier serait rejeté par une grande partie de ses propres électeurs. Tout simplement parce qu’au pire il aggraverait la situation, au mieux il la laisserait se dégrader. La plupart des électeurs votent pour lui sans se préoccuper de son programme économique. 

Dès 2011, l’Ifop avait souligné le caractère « attrape tout » du FN, avec des électorats très disparates, notamment avec des vases communicants avec le PS et l’extrême gauche. D’où la tentation du FN de ”gauchiser” son programme économique vers un modèle dépassé.  Ce processus est  peut-être gagnant à court terme mais risque d’être dévastateur lors de la présidentielle de 2017, l’élection la plus sérieuse. En effet, une majorité d’électeurs de droite – les gros bataillons du FN – s’apercevront dans un réflexe réaliste que Marine Le Pen n’est pas « prête à gouverner », selon l’expression de Gaël Slimane, président de l’institut Odoxa : et ce, du fait de son programme économique immobiliste et passéiste et de l’inquiétude suscitée par la promesse de sortie de l’Euro, qui apparaît à beaucoup comme irréaliste et peu prioritaire.  

Les Français ont été douchés par les recettes de l’État-Providence socialo-étatiste de droite et de gauche, ce que ne comprend pas le FN en ”gauchisant” son discours pour capter l’électorat fonctionnaire et populaire. Si, d’ici 2017, le FN conserve son programme  socialo-étatiste et si les électeurs commencent à s’en apercevoir, il est très prévisible qu’il subira un sévère recul dans l’opinion.

Le FN doit changer de logiciel 

Le FN s’enferme dans un programme économique inapplicable, issu d’une analyse idéologique et non pas pragmatique de la situation. La direction du FN préfère flatter à court terme un nouvel électorat issu de la gauche – et économiquement inculte – que de mener une réflexion sérieuse à long terme. C’est une impasse. Il se peut que le FN tienne cette rhétorique pour se démarquer de la soudaine conversion au libéralisme (en paroles) de Juppé et de Fillon, et autres figures de l’UMP, qui prennent des accents thatchériens alors qu’ils ont mené une politique ramollo-socialiste quand ils étaient au pouvoir – exactement la même que celle de Hollande aujourd’hui.    

 Cependant, il faut mettre au crédit du FN les efforts réussis de ses récentes municipalités élues pour réduire les impôts locaux, arrêter le matraquage fiscal et entamer une bonne gestion des deniers publics. Ces actes positifs valent mieux  qu’une rhétorique économique socialo-étatiste totalement décrédibilisée.

 Le cœur du discours du FN et sa force d’attraction, les attentes et les espoirs qu’il suscite, ce sont évidemment les questions d’immigration hors contrôle, d’insécurité, d’identité nationale, de rétablissement d’une Éducation nationale en plein naufrage, etc.  Il risque de plomber ces atouts par un programme socio-économique totalement inapproprié et par une contestation de l’Europe bruxelloise qui part de constats justes mais propose des solutions amateuristes et erronées. Les Français veulent essayer un nouveau cheval après les autres. Mais s’il applique ce programme économique, il ne passera pas la haie.

Dans un prochain article qui sera publié cette semaine « Programme économique du FN : réfutations et contre-propositions », nous verrons en quoi les solutions socio-économiques du Front national sont inadaptées et par quoi elles peuvent être remplacées. 

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